Cloud de guerre : quand Microsoft propulse la surveillance israélienne

Image d'illustration. Data CenterADN
Des téraoctets d’écoutes palestiniennes sont stockés sur Azure. Derrière cette collecte de masse, une coopération opaque entre Israël et Microsoft soulève de lourdes questions éthiques et stratégiques.
Tl;dr
- Israël stocke massivement des appels palestiniens via Azure.
- La surveillance vise Gaza et la Cisjordanie.
- Microsoft nie toute implication consciente dans ce projet.
Une alliance technologique discrète entre Israël et Microsoft
Selon un article du Guardian, les capacités de surveillance du renseignement israélien ont connu une mutation profonde, portée notamment par une collaboration avec le géant américain Microsoft. L’accord, resté longtemps confidentiel, s’est concrétisé au siège de l’entreprise près de Seattle, où le chef de la très secrète unité de renseignement Unité 8200, Yossi Sariel, a plaidé pour une migration massive des données sensibles vers le cloud Azure. Objectif affiché : pallier l’insuffisance de stockage local face à l’ampleur du volume d’informations recueillies.
Cette transition s’est accélérée dès 2022. Ingénieurs israéliens et américains ont alors conçu ensemble des dispositifs de sécurité avancés afin d’isoler ces flux d’informations dans les centres de données européens d’Azure, notamment aux Pays-Bas et en Irlande. Selon plusieurs documents internes consultés, plus de 11 500 téraoctets – soit environ 200 millions d’heures d’enregistrements – étaient déjà hébergés sur ces serveurs mi-2024.
L’étendue inédite de la surveillance téléphonique
Jusqu’alors limitée à certains individus, l’écoute téléphonique menée par Israël dans les territoires palestiniens s’est transformée en un dispositif généralisé. Portée par l’accès à l’infrastructure des télécommunications locales, cette surveillance permet désormais de collecter en masse les conversations des habitants aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie. Plusieurs officiers confirment que cette base de données constitue un outil central lors des opérations militaires : elle sert tant à préparer des frappes qu’à justifier certaines arrestations ou détentions.
Voici ce que cette technologie permet désormais :
- – Stocker chaque heure jusqu’à un million d’appels.
– Revenir en arrière pour réécouter les communications d’une personne nouvellement ciblée.
– Utiliser l’intelligence artificielle afin d’attribuer un niveau de risque aux messages interceptés.
À l’origine, le projet visait principalement la Cisjordanie mais a rapidement pris une ampleur régionale au fil du conflit à Gaza. Les critiques internes n’ont pas manqué lorsque les attaques du 7 octobre 2023 n’ont pu être déjouées malgré cette puissance technologique ; le commandant Sariel a depuis quitté ses fonctions.
Microsoft, entre dénégation et pressions publiques
Du côté du groupe américain, la position officielle demeure prudente. Porte-parole comme dirigeants affirment n’avoir jamais eu connaissance précise de la nature des contenus stockés pour l’Unité 8200. Selon eux, la collaboration portait avant tout sur la cybersécurité. Pourtant, divers témoignages suggèrent que certains ingénieurs auraient deviné ce qui transitait réellement dans le cloud, compte tenu du volume et du type de fichiers concernés.
La révélation publique de cette coopération a suscité contestations et manifestations au sein même d’Microsoft, mais aussi chez ses investisseurs. Malgré une enquête interne diligentée après janvier 2024, aucune « preuve » formelle n’aurait été trouvée quant à un usage direct du cloud Azure pour cibler ou nuire aux civils palestiniens selon la firme américaine.
Enjeux persistants autour des technologies sensibles
Si les infrastructures télécoms gazaouies ont été largement détruites récemment, les informations accumulées continuent d’alimenter les stratégies militaires israéliennes. Pour certains observateurs proches du dossier, il ne fait guère de doute que ce modèle alliant cloud et surveillance massive pourrait influencer durablement la manière dont conflits et technologies interagissent au Proche-Orient.