Une étude sur 21 voitures et 30 applis montre un partage massif de données vers des tiers. Le couplage mobile aggrave encore l’exposition.
En bref
- L’appli mobile augmente fortement le pistage
- Des données sensibles partent vers des tiers
- Les conducteurs ne sont souvent pas informés
Associer votre voiture à son appli mobile, c’est pratique. C’est aussi, visiblement, le moment où la surface de collecte s’élargit franchement. Une étude américaine menée par des chercheurs de Northeastern University avec Consumer Reports montre que le jumelage entre le véhicule et l’application compagnon double à peu près l’exposition aux entreprises de tracking et de publicité.
L’appli compagnon change l’échelle du problème
Le point marquant est là. Sans renoncer à utiliser la voiture ou à des fonctions devenues banales, comme le démarrage à distance ou le déverrouillage, l’utilisateur a peu de marge. Et quand l’appli entre en jeu, le volume d’échanges avec des tiers grimpe nettement.
Ce n’est pas un sujet totalement neuf. Des enquêtes et des procédures avaient déjà montré que les données de conduite pouvaient circuler, y compris vers des assureurs. Mais ici, ce qui frappe, c’est l’ampleur mesurée et le caractère presque difficile à contourner du système.
Une collecte large, discrète et très exploitable
Sept des 30 applis examinées ont transmis à des sociétés tierces des données sensibles comme l’adresse e-mail, le numéro de téléphone, le numéro d’identification du véhicule, ou encore la localisation précise. Et souvent, plusieurs de ces informations partaient vers le même destinataire.
Résultat, des annonceurs ou des courtiers en données peuvent assembler des profils très détaillés. Ces profils circulent ensuite vers d’autres acteurs, notamment des banques et des assureurs. Vous voyez l’enjeu, ce n’est pas juste une statistique technique, c’est une donnée qui devient un produit.
Les résultats chiffrés dessinent un écosystème entier
Les chercheurs ont testé 21 véhicules récents issus de 17 constructeurs, ainsi que 30 applis associées, pour mesurer les implications du véhicule connecté. Parmi les marques étudiées figuraient Ford, Tesla, Toyota, Rivian, Lucid, ainsi que les marques de GM comme Cadillac et Chevrolet. L’étude, évaluée par des pairs, doit être publiée cette semaine.
Dans le détail, 19 des 21 voitures ont envoyé du trafic vers au moins un tiers. Les entreprises retrouvées dans la boucle ne sont pas marginales, loin de là, avec Google, Meta, Microsoft, Yahoo, Adobe, Snap ou ContentSquare.
Les constructeurs se défaussent, sauf un cas à part
Les résultats ont été partagés avec les constructeurs. Tous, sauf Honda, ont selon les chercheurs renvoyé la responsabilité ailleurs, parfois jusqu’aux consommateurs eux-mêmes.
Le cas Honda tranche quand même. Après avoir pris connaissance des constats, le constructeur a modifié ses pratiques de collecte et demandé à son prestataire Amplitude de supprimer toutes les données de géolocalisation reçues.
Le vrai angle mort, c’est l’information donnée au conducteur
Plusieurs constructeurs ont expliqué à Consumer Reports que certains liens présents dans leurs applis ouvraient des pages web externes, susceptibles d’embarquer des cookies collectant des données clients. Mais, collecte interne ou page externe, le point faible reste le même.
Les conducteurs, eux, n’étaient pas informés.