Avant la visite prévue de Xi Jinping à Washington en septembre, les frictions s’accumulent entre Pékin et Washington sur l’IA, les robots et les chaînes d’approvisionnement.
En bref
- Le sommet avance, les tensions aussi
- IA et robots au coeur du bras de fer
- Pékin riposte sur drones et sanctions
Le rendez-vous de septembre entre Xi Jinping et Donald Trump est censé rouvrir un canal politique. Sur le terrain, c’est l’inverse qui se dessine. Semaine après semaine, Washington et Pékin ajoutent de nouveaux points de friction, et pas des détails, de l’IA aux équipements industriels en passant par les flux de données.
Un sommet préparé sous pression
Jeudi, le vice-Premier ministre He Lifeng, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent et le représentant au commerce Jamieson Greer ont échangé en visioconférence. La partie chinoise a fait savoir, via Xinhua, qu’elle avait exprimé de sérieuses inquiétudes face aux restrictions économiques et commerciales récentes imposées par les États-Unis.
De son côté, Scott Bessent a expliqué sur les réseaux sociaux avoir rappelé que Washington attendait de Pékin qu’il respecte pleinement ses engagements sur les terres rares et les produits agricoles américains. Résultat ? Le dialogue tient, mais il avance avec un sac à dos de contentieux déjà bien rempli.
L’IA devient un nouveau front direct
Mi-juillet, la start-up pékinoise Moonshot AI a lancé Kimi K3, un modèle open-weight de 2,8 billions de paramètres. Quelques jours plus tard, Michael Kratsios, à la tête de l’Office of Science and Technology Policy de la Maison Blanche, a accusé l’entreprise d’avoir utilisé la distillation de modèles pour copier Claude Fable, signé Anthropic.
La réponse américaine a tout de suite pris un tour industriel. Scott Bessent a prévenu que les entreprises chinoises menant des attaques de distillation à échelle industrielle, franchissant selon lui la ligne du vol de propriété intellectuelle, pourraient être sanctionnées ou ajoutées à l’Entity List.
En face, le ministère chinois du Commerce a dénoncé un acte typique d’hégémonisme dans l’IA et promis toutes les mesures nécessaires pour défendre les intérêts légitimes du pays. Même tonalité dans Qiushi, revue théorique du Parti communiste chinois, qui a parlé d’une domination technologique habillée en régulation.
Robots, onduleurs, optique, la couche infrastructure s’épaissit
La semaine dernière, la FCC a élargi sa Covered List à deux nouvelles familles d’équipements fabriqués à l’étranger, les robots avancés et les onduleurs connectés. Sans citer la Chine, l’agence interdit l’importation et la vente de nouveaux appareils relevant de ces catégories, tout en précisant que les équipements déjà achetés ne sont pas concernés.
L’argument avancé est net, les robots créeraient des vulnérabilités capables d’affecter les données et même le fonctionnement physique des systèmes, tandis que les onduleurs ajouteraient des failles au réseau électrique américain.
Et ce n’est pas fini. Selon Reuters, la FCC prépare aussi un projet d’interdiction visant de nouveaux transceivers optiques chinois, ces modules qui font circuler les données dans les câbles à fibre optique des data centers. L’objectif serait d’éviter vol de données, malware et perturbations dans les centres qui alimentent les modèles d’IA.
Xinjiang et drones, Pékin répond sur deux terrains
Vendredi, le Department of Homeland Security a ajouté 43 entreprises chinoises à sa liste au titre de l’Uygur Forced Labour Prevention Act. Les secteurs touchés vont du lithium aux métaux, en passant par le coton, l’agroalimentaire et la pharmacie. Cette loi, adoptée en 2021, vise les importations liées au Xinjiang soupçonnées d’être issues du travail forcé.
Samedi, le ministère chinois du Commerce a rejeté ces accusations et dénoncé une coercition économique qui abîme, selon lui, les droits des entreprises visées ainsi que la stabilité des chaînes industrielles mondiales.
Puis mercredi, Pékin a contre-attaqué. Les exportations de drones, de composants clés et de technologies associées vers les États-Unis passent désormais sous examen strict au cas par cas, avec effet immédiat. En parallèle, six entités américaines ont été placées sur la liste chinoise de contre-mesures, et une septième a été blacklistée pour avoir aidé la FCC à mettre en place des mesures jugées hostiles à la souveraineté chinoise.