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Relancer l’innovation en Europe !

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Il y a un siècle, l’Europe était un moteur mondial d’innovation, mais elle a commencé à perdre de son potentiel. Malgré quelques exceptions notables, comme l’industrie automobile, l’Europe accuse un retard dans les domaines de l’innovation tels que la génomique, l’informatique quantique et l’intelligence artificielle, où elle est dépassée par les États-Unis et la Chine. Mais suivre ces cinq voies pourrait aider le continent à renforcer ses atouts et à retrouver son avantage concurrentiel. Cet article est une version condensée du document original, qui s’appuie sur les recherches de MGI et sur une récente collaboration entre McKinsey et le Forum économique mondial.

À lire : Qu’est ce qu’une bonne stratégie d’innovation ?

McKinsey Global Institute (MGI) suggère cinq voies qui pourraient aider le vieux continent à retrouver son avantage concurrentiel. Les perspectives économiques de l’Europe dépendent de plus en plus de l’innovation en général, en particulier du numérique et des nouvelles technologies de pointe, y compris l’intelligence artificielle, l’Internet des objets, la blockchain, l’informatique Edge, l’intégration de la biologie et de l’ingénierie. Ces technologies ont le potentiel de générer l’innovation de productivité dont l’Europe a besoin.

Surcroît de productivité grâce à l’innovation et aux nouvelles technologies de pointe

L’exploitation des seules opportunités numériques pouvait générer plus d’un point de croissance de la productivité.Si les entreprises européennes développaient et diffusaient l’intelligence artificielle en fonction des actifs actuels du continent et de sa position relative dans le numérique, l’Europe pourrait ajouter 2 700 milliards d’euros à sa production économique d’ici 2030. Les entreprises qui vont anticiper des modèles innovants basés sur l’IA ont la plus forte propension à développer leurs effectifs. Les entreprises sont relativement incitées à mettre à niveau leurs compétences pour ne pas rater des opportunités.

Les investissements dans les technologies européennes atteignent un niveau record: 23 milliards de dollars en 2018, soit une hausse de plus de 20% par rapport à l’année précédente.

L’Europe prend du retard à adopter et à investir dans l’innovation générale et numérique

La scène des startups en Europe est florissante, rien qu’au Web Summit cette semaine c’est 2150 startups présentent pendant 4 jours. le nombre de startups en intelligence artificielle a triplé au cours des trois dernières années et est maintenant relativement comparable à celui des États-Unis par PIB.

Les startups en phase de démarrage sont mieux financées que jamais auparavant. Les investissements dans les technologies européennes atteignent un niveau record: 23 milliards USD ont été investis l’année dernière, soit une augmentation de 360% sur cinq ans et de 21% par rapport à 2017.

En matière de talent, l’Europe a longtemps été un moteur de recherche, mais les choses change ! Le nombre de concepteurs de logiciels européens, ressource clé de nombreuses technologies innovantes, a augmenté de 4 à 5% au cours des deux dernières années, pour atteindre aujourd’hui 5,7 millions de professionnels, largement devant les États-Unis, avec 4,4 millions de développeurs de logiciels professionnels.

Mais dans le même temp, le financement par actions en tant que moteur essentiel de l’innovation et des investissements numériques reste sous-développé, 90% du financement en capital-risque de l’Union européenne étant concentré dans huit États membres seulement. l’Europe investit beaucoup moins que les États-Unis dans les actifs incorporels tels que les logiciels et les bases de données, la propriété intellectuelle et les compétences économiques telles que le capital organisationnel et la formation, qui constituent des facteurs majeurs de la capacité d’innovation.

L’un des défis semble être la capacité de l’Europe à faire évoluer ces nouvelles entreprises en grandes entreprises. Le taux des fameuses licornes est deux fois moins élevé aux États-Unis ou même à Tel-Aviv.

La montée des plates-formes mondiales et des «superstars» conduit à la nécessité de changer les règles du jeu

Malgré les efforts déployés pour créer un marché unique, l’Europe reste fragmentée, avec de nombreuses législations et systèmes de réglementation et de TVA nationaux, qui sont difficiles à modifier, et de nombreuses entreprises principalement nationales.

Les «superstars», (environ 6000 entreprises) que définit McKinsey comme le top 10 des entreprises dont le chiffre d’affaires annuel dépasse 1 milliard de dollars, mesuré par le profit économique, gagnent en importance. Leurs recherches montrent que les entreprises superstar actuelles génèrent 1,6 fois plus de bénéfices économiques en moyenne. Leur chiffre d’affaires est sept fois plus élevé que celui des entreprises médianes et leur retour sur investissement est deux fois plus élevé. En plus de capturer une plus grande part des revenus, ils affichent des niveaux de numérisation relativement plus élevés, une plus grande main-d’œuvre qualifiée et une intensité d’innovation plus forte, des actifs incorporels plus importants et une intégration plus poussée que leurs pairs dans les flux mondiaux du commerce, des finances et des services.

La R&D est de plus en plus concentrée

Les six plus grandes sociétés ( Amazon, Apple, Facebook, Google, Microsoft et Netflix) ont consacré environ 43 milliards d’euros à la recherche et développement en 2018 et 31,6 milliards d’euros. sur les acquisitions en 2017 seulement. Google, le plus actif d’entre eux, a dépensé 12,6 milliards de dollars pour acquérir plus de 300 startups entre 2013 et 2018. En revanche, l’Europe était presque inactive dans la R&D technologique et ne possède que la moitié moins de licornes que les États-Unis, et aucun des grands réseaux Internet et sociétés de plate-forme.

La R&D est également de plus en plus concentrée et l’ Europe perd des parts de marché, en particulier dans les secteurs numériques. Seules 250 entreprises génèrent près des deux tiers des investissements mondiaux en RD des entreprises. Dans ce groupe, alors que les acteurs européens du secteur automobile dominent, les dépenses de R&D des entreprises européennes en logiciels et services informatiques ne représentent que 8% environ du total mondial, bien en deçà de 11% pour les entreprises chinoises et loin derrière les 77% pour les entreprises américaines en 2018.

La part des entreprises européennes parmi celles nouvellement entrées dans les rangs des 2 500 plus grands investisseurs en R&D est tombée à environ 12%, soit environ la moitié seulement des entreprises chinoises et un tiers de la part des entreprises américaines.

Quoi faire ?

L’Europe ne dispose pas de solution miracle pour remédier à ses inconvénients d’échelle structurelle, nous voyons cinq manières de tirer parti des atouts de l’Europe. Un changement de mentalité du pilotage national vers une approche européenne coordonnée et axée sur l’innovation ouverte. À certains égards, la transformation des gouvernements européens a déjà commencé, cinq des dix principaux pays qui se développent bien numériquement sont européens.Danemark,Royaume-Uni, Suède, Finlande,France

McKinsey propose des pistes qui ne sont nullement exhaustifs

L’Europe peut tirer profit de son envergure industrielle

Les fabricants européens comptent parmi les plus grands innovateurs mondiaux et le continent dispose également d’un avantage concurrentiel dans les domaines du B2B et du numérique dans d’autres grands secteurs tels que la santé et le secteur financier. Les exemples donnés par l’Alliance européenne de l’industrie automobile , qui inclut des opérateurs de télécommunications, des constructeurs, des constructeurs de voitures et de camions et des fournisseurs, ne sont peut-être qu’un début, car les concurrents de l’industrie automobile associent leurs efforts de recherche et leurs offres de accès aux données. Des efforts similaires dans d’autres secteurs pourraient permettre aux entreprises de taille moyenne, ainsi qu’aux petites entreprises et aux entreprises en démarrage, de piloter l’innovation à grande échelle au sein des chaînes d’approvisionnement industrielles existantes.

Créer des zones de test dédiées et coordonnées, appelées sandbox

Les zones géographiques locales pourraient choisir des technologies et créer des espaces sûrs dans lesquels les entreprises peuvent tester des innovations de manière temporaire et géographiquement limitée. Les bacs à sable pourraient aider les entreprises innovantes à faire face aux obligations réglementaires dans des situations réelles et à dialoguer avec les régulateurs.Cela a été démontré, par exemple, au Royaume-Uni, où la Financial Conduct Authority, l’autorité de réglementation financière du pays, a mis en place un environnement sûr.pour les startups de la fintech de tester leurs produits et services, y compris les plateformes en ligne, la biométrie et la technologie du grand livre distribué (blockchain), avant de les commercialiser à grande échelle. Par la suite, 90% des entreprises participantes ont progressé vers un plus grand lancement sur le marché.

Repenser les données, l’accès des utilisateurs et les normes

L’Europe est déjà considérée comme un acteur de premier plan en matière de gouvernance des données et de protection de la vie privée, avec le règlement général sur la protection des données à caractère personnel (RPGD) de 2018 et, plus récemment, la législation sur la libre circulation des données. Pour aller plus loin il faudrait permettre aux innovateurs d’accéder en toute sécurité aux pools de données qu’ils ne possèdent pas et à créer une échelle autour de normes communes. La plateforme intersectorielle Verimi, financée par des fonds privés et basée à Berlin, pourrait servir d’exemple pour une alliance de données: une identité numérique permet aux utilisateurs d’accéder facilement à des sites Web et d’utiliser d’autres services sans avoir à saisir à chaque fois des données personnelles.

Compenser La fragmentation par une ouverture et une connectivité

Les changements démographiques et le manque de main-d’œuvre hautement qualifiée ont créé une situation dans laquelle les entreprises européennes ont du mal à trouver des personnes possédant les compétences dont elles ont besoin. Le travail hautement qualifié peut constituer un défi particulier. Un peu plus du quart des immigrants (25,4%) qui arrivent dans l’Union européenne ont un niveau d’éducation élevé, contre 35,6% des immigrants dans d’autres pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).L’Europe pourrait essayer de renforcer davantage l’innovation collaborative et ouverte.Un exemple est TasLab à Trente, dans le nord de l’Italie, où les autorités locales et régionales ont mis au point une stratégie de pôles de coopération dans le but de créer une infrastructure d’innovation avancée. Le cluster TasLab a attiré plus de 800 chercheurs de classe mondiale et des entreprises de premier plan telles que IBM, Nokia et Siemens.

l’UE pourrait s’attaquer aux pratiques de compensation des startups en modifiant la fiscalité des stock-options. Aux États-Unis, les nouveaux employés des entreprises en démarrage sont deux fois plus exposés que leurs homologues européens. L’Europe pourrait permettre aux travailleurs de participer plus pleinement au succès de leurs entreprises en simplifiant les règles et le cadre fiscal régissant la rémunération en stock-options au moyen d’un cadre commun.

En tout cas l’Europe pourrait être de veiller non seulement à ce que ses citoyens continuent de bénéficier des services fournis par des sociétés non européennes, mais également à ce que ces sociétés créent davantage d’emplois, d’innovations, de valeur client et de revenus fiscaux basés en Europe.