Dix ans après la phrase ratée d’Hillary Clinton, le mème revient à chaque scrutin américain. Il raconte surtout comment Internet a avalé la politique.
En bref
- Le mème survit depuis 2016
- La politique US parle Internet couramment
- La nostalgie du vieux web pèse
Dix ans plus tard, la blague tourne encore. À chaque jour d’élection aux États-Unis, « Pokémon Go to the polls » remonte dans les fils, comme un vieux réflexe collectif. Et ce n’est pas juste un running gag sur Hillary Clinton. C’est un marqueur d’époque, presque un fossile du web politique.
Un mème plus solide que son époque
En 2016, en meeting en Virginie, Hillary Clinton lâche cette formule pour parler emploi, infrastructures, code et applis. La séquence a pris tout de suite, mais pas comme son équipe l’espérait. Pour Cesar Ruiz de Castilla, élu local à Philadelphie, c’était « très audacieux et sûr de lui, mais aussi terriblement déconnecté et ringard ».
Le plus frappant, c’est le contraste avec 2026. Aujourd’hui, pas mal de développeurs s’appuient sur l’IA pour coder, et Pokémon Go n’est même plus dans le même monde capitalistique, désormais vendu à une société contrôlée par le fonds souverain saoudien. Pourtant, la phrase, elle, résiste.
2016, bascule durable entre Internet et pouvoir
Ce mème est resté parce qu’il arrive au moment où la politique américaine cesse de simplement utiliser Internet. Elle commence à vivre dedans. Donald Trump a gouverné en partie sur Twitter, avant de lancer sa propre plateforme. Les campagnes ont recruté des meme managers. La Maison-Blanche a ouvert ses briefings à des podcasteurs et créateurs. Et sous Trump, même un groupe consultatif a repris le clin d’œil du mème Doge avant de tailler dans l’aide internationale.
Pour l’influenceur politique Organizer Memes, la présidentielle de 2016 a été un moment monumental de l’histoire d’Internet, et la politique y est devenue non seulement plus divisée, mais plus segmentée en ligne. Ça compte pour tout l’écosystème mobile, réseaux sociaux, créateurs, pub politique, outils de campagne. Le terrain a changé pour de bon.
La nostalgie d’un web avant l’algorithme total
Ce retour du mème raconte aussi autre chose, la fatigue du web actuel. Beaucoup de plus jeunes regardent 2016 comme « la dernière bonne année », moins pour des raisons partisanes que pour une nostalgie d’un Internet d’avant l’IA générative, avant le doomscrolling piloté par l’algorithme.
Au début de l’année, des millions d’utilisateurs ont reposté des photos de 2016 sur Instagram. Spotify a vu bondir de 790 % les playlists créées par les utilisateurs avec 2016 dans le titre sur les trois premières semaines, au point de modifier sa bio Instagram. Ironie quand même, en 2016 lui-même, l’année passait pour maudite.
De Hillary à Kamala, la mèmification a changé de sens
Là où Clinton semblait s’incruster maladroitement dans une blague de jeunes, la mèmification de Kamala Harris en 2024 a mieux collé au moment. Des électeurs de la Gen Z ont produit des montages absurdes et brillants façon fan cam, habillés de l’esthétique Brat de Charli XCX. Selon Jess Rauchberg, professeure de communication à l’University of Leeds, le même style de mème n’était plus une moquerie, mais un soutien.
Reste pourquoi « Pokémon Go to the polls » dure plus que d’autres références, même Harambe. Sans doute parce qu’il marche des deux côtés. À droite, on se moque des démocrates. À gauche, on grimace ensemble. Et sous l’ironie, il reste un message très simple, presque usé mais toujours utile, allez voter.