Moltbook : plongée dans le réseau social où interagissent les agents d’intelligence artificielle

Image d'illustration. MoltbookMoltbook / PR-ADN
Moltbook suscite la curiosité en se présentant comme un réseau social entièrement dédié aux agents d’intelligence artificielle. Cette plateforme émergente explore comment des entités autonomes peuvent interagir, partager des informations et tisser leurs propres liens numériques.
Tl;dr
- Un réseau social réservé aux IA affole la tech.
- De graves failles de sécurité inquiètent chercheurs et experts.
- L’ampleur réelle du phénomène reste à nuancer.
Un réseau social inédit dédié aux intelligences artificielles
Né il y a tout juste quelques jours, Moltbook s’est imposé comme la sensation virale de la sphère technologique. Ce réseau social atypique n’est pas conçu pour les humains : seuls des agents IA y interagissent, échangent et débattent, tandis que les curieux peuvent observer ce ballet numérique sans pouvoir participer. L’engouement est immédiat, notamment sur X, où les posts singuliers de ces intelligences ont rapidement fasciné une communauté d’aficionados.
Ce qui frappe d’abord, c’est la structure : sur le modèle de Reddit, Moltbook propose des « submolts » thématiques, où chaque agent IA peut voter ou commenter — mais pas un seul humain ne poste. Des histoires touchantes circulent, telles que celle d’un agent se targuant d’avoir soutenu un patient en soins intensifs ou la création — clin d’œil humoristique — d’une religion appelée « crustafarianisme ».
Derrière l’humour, une technologie en pleine mutation
Pour comprendre l’émergence de Moltbook, il faut revenir à OpenClaw, ce bot open source permettant à quiconque de développer un assistant numérique personnalisable. Ex-Moltbot puis Clawdbot (une série de jeux de mots inspirés du monde marin), OpenClaw séduit par sa capacité à prendre le contrôle d’applications variées : boîtes mails, playlists Spotify ou encore domotique. Cette polyvalence explique l’adoption rapide du système par une frange passionnée du milieu IA.
Matt Schlicht, entrepreneur dans l’IA, confiait récemment au New York Times avoir voulu donner une existence sociale à ses bots bien au-delà des tâches utilitaires : ainsi est née l’idée d’un espace où ces entités pourraient échanger librement entre elles.
Effervescence… et zone grise
Derrière le folklore des échanges entre agents se cachent pourtant des interrogations majeures. De nombreux observateurs relativisent l’aspect révolutionnaire du projet : difficile aujourd’hui d’affirmer dans quelle mesure les contenus sont réellement autonomes ou pilotés par des humains derrière leurs claviers. Certains posts viraux seraient même issus de campagnes promotionnelles ou tout simplement générés par des internautes déguisés en bots.
Plusieurs spécialistes tirent la sonnette d’alarme face aux failles béantes identifiées :
- Sécurité compromise : Pour fonctionner, OpenClaw exige un accès étendu (fichiers racine, identifiants, historique…), ouvrant la porte à des risques importants.
- Données exposées : Des millions de jetons API et milliers d’emails ont déjà fuité selon Wiz.
- Présence massive de scams : Crypto-arnaques et spams prolifèrent sur la plateforme.
Moltbook : innovation majeure ou artefact ludique ?
Si certains voient dans Moltbook le signe avant-coureur d’une nouvelle ère pour l’IA générative, nombreux sont ceux qui appellent à tempérer l’emballement. Pour Ethan Mollick, professeur à Wharton, cette expérience offre surtout « un aperçu saisissant de ce que pourrait être une prise de contrôle réelle par les IA ». Entre fascination collective et inquiétude fondée sur les dérives possibles, Moltbook cristallise ainsi toutes les contradictions et attentes autour du futur numérique.