mobile social network (etude sur les compotements)
A l’occasion de la parution du dernier numéro du Journal of Computer-Mediated Communication (JCMC), consacré aux réseaux sociaux en ligne (Social Networks Sites, SNS), Dominique Cardon, sociologue au laboratoire Sense d’Orange Labs, a résumé, détaillé et commenté, depuis Facebook, les articles les plus importants de cette parution. L’occasion de revenir, avec lui, critique au poing, sur l’état de la recherche actuelle sur les réseaux sociaux en ligne.
Lee Humphreys du Department of Communication Arts de l’Université du Wisconsin propose une étude de Dodgeball, un Mobile Social Network Site (MSNS) racheté par Google en mai 2005 et accessible dans 22 villes américaines. Ce service permet d’envoyer des messages de localisation (un “check-in” en langage Dodgeball du genre : “je suis au bar de la plage”) à son réseau social depuis son téléphone mobile. Il a été conçu, explique son fondateur Dennis Crowley, pour les jeunes qui ont beaucoup d’amis et sortent souvent.
L’auteur interroge la manière dont, en mobilité, le social networking est susceptible de modifier les rapports à l’espace et notamment aux “troisièmes lieux” (pour faire référence au livre de Ray Oldenburg, The Great Good Place), ces espaces qui accueillent de façon régulière, volontaire, informelle et ludique des individus en dehors de leur contexte familial ou professionnel. Ces “troisièmes lieux” sont les points cardinaux de la sociabilité urbaine. Or sous l’effet des médias de communication, ces lieux (places) deviennent des espaces (spaces), si l’on suit la perspective très en vogue – et assez métaphorique ! – des mediaspace développée par Nick Couldry et Anna McCarthy (MediaSpace : Place, Scale and Culture in a Media Age). Les technologies de communication rendent possible une double opération de délocalisation/relocalisation qui modifie le rapport vécu aux lieux physiques.
L’article propose une enquête par interview d’un échantillon de 21 utilisateurs actifs de Dodgeball (ayant envoyé plus d’un message par semaine) composé de 9 femmes et 12 hommes entre 23 et 30 ans. Manifestement, Lee Humphreys a eu des difficultés pour recruter des utilisateurs actifs (le service est-il d’ailleurs vraiment utilisé ou reste-t-il très confidentiel ?). Aussi s’est-il concentré sur une petite élite particulièrement active. Il distingue trois types d’usage de Dodgeball : pour la coordination, la démonstration et le catalogage. 90% des messages sont des localisations destinées à la coordination. Les deux autres usages relèvent de localisations à vocation simplement démonstrative (”Regarde je suis là !”) et de localisations-souvenir que les personnes se signalent à elle-même pour reconstituer l’histoire des lieux qu’elles ont fréquentés. Ces deux derniers usages, lorsqu’ils sont trop intenses, peuvent venir parasiter la convention d’usage habituelle du service : dire où on se trouve pour rendre possible une rencontre réelle.Source et suite ici