Mistral AI, plus stratégique qu’un simple rival européen d’OpenAI

Mistral AI
Image d'illustration. Mistral AI — ADN

La société française ne joue pas seulement la course aux modèles. Elle avance sur le cloud IA, les contrats enterprise et la souveraineté, avec des revenus en forte hausse.

En bref

  • Mistral AI vend surtout du déploiement IA enterprise
  • Ses revenus annuels dépassent 400 millions
  • La société investit aussi dans son cloud IA

On parle souvent de Mistral AI comme d’un anti-OpenAI européen. C’est réducteur. Son sujet, aujourd’hui, tient moins à la bataille de notoriété face à ChatGPT qu’à une mécanique bien plus concrète, déployer de l’IA chez des entreprises, des administrations et de grands comptes qui veulent garder la main sur leur infrastructure.

Le vrai pari de Mistral n’est pas d’imiter ChatGPT

Son agent Vibe, ex-Le Chat, n’a pas la puissance de marque de ChatGPT. Même chez les fondateurs de Station F, Claude reste plus visible que les modèles de Mistral AI. Mais ce n’est pas vraiment là que se joue l’entreprise.

Arthur Mensch a détaillé que la société gagne sa vie en installant ses modèles et sa plateforme d’agents sur l’infrastructure de clients enterprise, puis en les aidant à fabriquer des modèles adaptés à leurs usages avec Forge, à partir de leurs propres données. En gros, une logique plus proche de Palantir que d’un simple chatbot grand public.

Des revenus qui accélèrent, avec un modèle d’affaires plus réaliste

Le contraste est là. Mistral AI viserait une levée d’environ 2,99 milliards d’euros (3,5 milliards de dollars) sur une valorisation de 19,75 milliards d’euros (23,15 milliards de dollars). C’est massif, mais encore loin des laboratoires américains les plus riches.

Et pourtant, la trajectoire commerciale va vite. En février, l’entreprise indiquait avoir dépassé 400 millions de dollars de revenu récurrent annuel, soit environ 340 millions d’euros, contre 17 millions d’euros (20 millions de dollars) un an plus tôt. Elle disait aussi viser plus de 850 millions d’euros (1 milliard de dollars) d’ARR cette année. Ce changement d’échelle lui a ouvert des portes, de Davos au Parlement français, où les patrons de la tech peinent souvent à se faire entendre.

Recherche, open weight et cloud souverain, le second front

Arthur Mensch reconnaît que Mistral AI n’a pas encore les meilleurs modèles de langage, mais estime que l’écart se réduit. Un nouveau modèle arrivera cet été, en open weight, avec un accès anticipé en juillet. Sur la voix, la vision et le traitement documentaire, il affirme déjà être au meilleur niveau.

Le plus intéressant se joue peut-être derrière le rideau. Après le rachat de Koyeb, la société pousse son projet de vrai cloud IA. Elle a aussi annoncé une stratégie de 4 milliards d’euros pour construire des data centers en France et en Suède. Dans le même registre, Mistral Compute, plateforme européenne motorisée par des processeurs Nvidia, doit arriver en 2026.

Fondateurs, alliances et financement, l’armature du projet

Les trois fondateurs viennent des labos américains installés à Paris : Arthur Mensch chez Google DeepMind, Timothée Lacroix et Guillaume Lample chez Meta. Charles Gorintin et Jean-Charles Samuelian-Werve, cofondateurs d’Alan, ont aussi un rôle de conseillers fondateurs. S’y ajoutent Johan Bergqvist, Brian Hall et Kamal Brar pour accompagner la croissance.

Côté produits, Mistral AI couvre les LLM, le multimodal, l’audio, le raisonnement, l’OCR, avec Mistral Small 4, la famille Les Ministraux pour l’edge, notamment sur téléphone, et l’agent de code open source Leanstral. Côté alliances, on retrouve Microsoft, ASML, IBM, Orange, Stellantis, l’AFP, l’armée française, Accenture, Helsing, CMA, le Luxembourg, ainsi que la coentreprise avec MGX, Nvidia et Bpifrance autour d’un campus IA en région parisienne.

Depuis 2023, la société a levé au total autour de 3,42 milliards d’euros (4 milliards de dollars), surtout en dette, en passant d’un seed record à 96 millions d’euros (113 millions de dollars) jusqu’à une série C de 1,7 milliard d’euros menée par ASML. Elle a aussi racheté Emmi. La suite paraît assez claire : Arthur Mensch a dit à Davos que l’entreprise n’était pas à vendre et que l’IPO restait le plan.

Jérôme Nelra

Spécialiste Tech

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