AT&T et Ericsson ont détecté et classé des drones via un réseau 5G commercial. Une avancée très concrète pour l’ISAC, sans attendre la 6G.
En bref
- AT&T et Ericsson testent le sensing 5G réel
- Un drone imprévu a été détecté sans radar dédié
- La 6G n’a plus l’exclusivité de la promesse
Autour d’un grand stade, voir arriver un drone sans l’avoir prévu change tout. C’est exactement ce qu’ont montré AT&T et Ericsson à Arlington, au Texas, en transformant un réseau 5G commercial en outil de détection aérienne. Pour l’écosystème mobile, le message est net, le sensing réseau n’est déjà plus une promesse réservée à la 6G.
Autour d’un stade, la 5G a repéré un drone imprévu
La démo s’est tenue près de l’AT&T Stadium, futur site de la Coupe du monde 2026. Trois stations de base 5G synchronisées ont travaillé en architecture multistatique, donc avec plusieurs points d’observation qui croisent les réflexions radio dans le ciel.
Résultat, un drone non prévu dans le scénario est entré dans la zone. Le système l’a détecté tout de suite, a suivi sa trajectoire en temps réel, a estimé sa vitesse et sa position, puis a proposé une classification par IA avec un niveau de confiance. Un second drone, piloté cette fois, a servi à confirmer visuellement la présence de l’appareil avant sa sortie de zone.
Une évolution surtout logicielle, pas un nouveau radar sur pylône
C’est là que le sujet devient intéressant pour les opérateurs. Ericsson s’appuie sur ses antennes Massive MIMO, sur ses ASIC et sur une couche logicielle dopée à l’IA. Le drone, lui, n’est même pas connecté au réseau.
Le système observe simplement les réflexions naturelles des signaux radio. Ensuite, des algorithmes reconstruisent les échos, puis l’IA estime la nature probable de l’objet. Chez AT&T, l’idée est aussi d’éviter d’ajouter du matériel en haut des pylônes, avec une puissance de calcul déplacée vers des serveurs au pied des antennes ou dans le cloud. Clairement, si cela reste une mise à jour logicielle, l’équation de déploiement n’a plus le même visage.
Pourquoi la bande 3,5 GHz change la donne
Le choix radio n’a rien d’anecdotique. Le système travaille sur la bande moyenne 5G, autour de 3,5 GHz en TDD, un compromis bien plus réaliste que les extrêmes.
Les fréquences millimétriques donnent une excellente précision, mais la portée suit mal. Les basses bandes vont loin, sauf qu’elles manquent de résolution pour discriminer un petit drone. Avec cette configuration, AT&T annonce une détection d’objets d’environ 10 centimètres, jusqu’à 6 kilomètres et à 300 mètres d’altitude.
Ce que la démo ne règle pas encore
Bon, toutes les antennes 5G ne deviennent pas des radars du jour au lendemain. Les sites cellulaires regardent d’abord le sol, avec un downtilt compris entre 3 et 10 degrés. Ce point limite mécaniquement l’observation de l’espace aérien à faible ou moyenne altitude.
Et en ville, le vrai casse-tête reste le tri. Bâtiments, arbres, oiseaux, véhicules, tout renvoie des signaux parasites. C’est justement là que l’IA devient centrale pour réduire les faux positifs et améliorer la classification.
Un signal fort pour l’écosystème, bien au-delà des stades
Le premier usage évident, c’est la sécurité d’événements majeurs. Mais AT&T vise aussi les infrastructures critiques, les secours, les agences fédérales et la gestion du trafic des drones de livraison. À terme, ces données pourraient être fusionnées avec des caméras, des capteurs IoT, des lidars et des radars.
Et ce n’est pas qu’un avant-goût marketing de la 6G. La 5G prouve ici la faisabilité technique, là où la 6G promet surtout d’industrialiser l’ISAC avec des protocoles et des formes d’onde pensés pour ça dès le départ. Les prochains déploiements ciblés sont attendus autour d’infrastructures critiques, avec des démonstrations plus larges qui pourraient émerger avant les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Ce que l’on voit moins aussi, c’est la forte pression des opérateurs pour enfin générer un véritable retour sur investissement de la 5G. Montrer que le réseau existant peut créer de nouveaux services, comme le sensing, est aussi un moyen de démontrer qu’il reste un important potentiel de monétisation avant l’arrivée de la 6G.