Lire recule nettement aux États-Unis, pendant que la vidéo et le gaming gagnent du terrain. Derrière l’usage, c’est tout un rapport au savoir qui bouge.
En bref
- La lecture chute fortement aux États-Unis
- Les textes populaires deviennent plus simples
- L’école reste un levier concret
La bascule est là. Aux États-Unis, la part des personnes qui lisent un livre ou même un article un jour donné a chuté de 40 % en deux décennies. Et pendant ce temps, le gaming est devenu un loisir plus populaire que la lecture.
Les chiffres racontent un décrochage net
Pour Rose Horowitch, qui écrit dans The Atlantic, on ne parle pas d’un simple creux de consommation culturelle. Elle voit arriver une forme d’ère post-alphabète, avec un retour vers des logiques plus orales que textuelles. Ce point compte pour l’écosystème numérique, parce que la lecture n’est pas qu’un usage parmi d’autres. Elle a structuré la politique, la culture et même la manière dont on pense.
Bref, si ce socle bouge, le reste suit.
Des livres plus simples pour un public qui change
Le point le plus frappant n’est pas seulement que les gens lisent moins. C’est aussi ce qu’ils lisent. Rose Horowitch souligne que les best-sellers du New York Times affichent aujourd’hui des phrases environ un tiers plus courtes qu’il y a un siècle, avec une prose plus simple.
À la New York Public Library, son directeur lui a aussi indiqué que les titres les plus demandés relèvent surtout de la fiction pour jeunes adultes, y compris chez des lecteurs qui ne sont plus du tout dans cette tranche d’âge. Résultat, le marché continue de tourner, mais il se déplace vers des formats plus rapides à absorber.
Ce que la vidéo change dans le cerveau
Un chercheur cité par Rose Horowitch a comparé l’activité cérébrale d’enfants face à une histoire racontée avec images, puis face à une animation. Son observation est nette: devant la vidéo, les zones liées à l’imagination et à l’apprentissage sont moins sollicitées. Tout est déjà donné, donc l’effort de construction mentale baisse.
Pas anodin. Surtout quand le format court devient la norme de découverte, d’info et de divertissement sur mobile.
Une politique calibrée pour l’oral et le flux
Côté politique, Donald Trump incarne selon elle le premier président post-alphabète. Son style sur Truth Social, ses formules répétables, ses surnoms très mémorisables, ses contradictions qui s’enchaînent sans s’appuyer sur une trace stable, tout cela colle à une culture du flux et de l’oralité plus qu’à une culture du texte.
Et ce n’est pas un détail. Quand l’espace public repose moins sur l’écrit, la mémoire collective change aussi.
Des signaux de résistance, mais pas encore de réponse globale
Il y a quand même quelques points d’appui. Près de deux douzaines d’États ont interdit les téléphones pendant les heures de classe. Dans un district scolaire de Dallas, cette décision a été suivie par 200 000 emprunts supplémentaires en bibliothèque sur un an. Des enseignants disent aussi voir un retour à la lecture de livres complets plutôt qu’aux simples extraits.
Rose Horowitch va plus loin avec l’exemple de la bibliothèque d’Alexandrie. L’idée n’est pas qu’un choc extérieur détruit toujours la lecture. Parfois, elle disparaît par négligence. Et pour le numérique, l’enjeu est là, clairement: savoir si l’on considère encore la lecture comme une infrastructure culturelle à entretenir.