La tablette est le support qui magnifie l’union de la production audiovisuelle et du marketing
En 2010 la consommation de télévision a augmenté de quelques minutes par jour, par rapport à l’année précédente. Les prophètes divisant le monde entre nouveaux medias triomphants et, euh, les autres, en sont pour leur frais. Car la télévision demeure le media roi, et ce malgré la multiplication des écrans et des pratiques de consommation des images. Alors, plutôt que de supplanter la télévision de salon, il est question de savoir comment en étendre la consommation par des options basées sur l’interactivité avec les contenus, et les échanges s’y rapportant. Autrement dit, regarder la télévision passivement n’est pas une honte, et avoir le moyen d’interagir avec les images est un confort tant que cela ne devient pas obligatoire pour le spectateur.
La consommation linéaire ou interactive, basée sur un contenu ayant un sens dans les deux cas, et cela à l’endroit où on le souhaite : cela place la figure du spectateur protéiforme au centre de toute la gloire qu’autorise la tablette, autorisant des modes de consommation aussi souples que son écran est rigide.
La tablette en tant que support pour la télévision en mobilité : quelles spécificités pour quels avantages ? (Il est à noter qu’elle n’est pas le premier écran mobile. Les ordinateurs et téléphones portables sont passés par là.)
Tout d’abord, si l’on parle du plaisir (de regarder des images), alors la taille, ça compte. Accélérer sa myopie en regardant « L’Île de la Tentation » sur un écran de téléphone est un plaisir réservé aux jeunes fougueux croyant que 10/10 à chaque œil, c’est pour l’éternité. La tablette conjugue la portabilité du téléphone mobile avec l’agrément de l’ordinateur portable. Egalement en ce qu’elle permet de cumuler les mobilités : micro (à domicile, je change de pièce à volonté pour suivre mon programme) et macro (hors de chez moi, je regarde la télévision partout où il y a un bon réseau).
Par ailleurs, la tablette supporte des usages motivés par des besoins très variés : de l’écran de substitution au navigateur interactif avec le programme, en passant par un écran collectif. Ceci car la dimension tactile peut renforcer la convivialité des images en permettant à ses spectateurs de rentrer dedans en fonction de choix eux-mêmes dictés par l’ambiance (cf ambiance match de foot entre copains ou émission de cuisine pour les épouses, ou l’inverse d’ailleurs). Plus largement, les fonctionnalités liées au tactile vont augmenter les comportements impulsifs dans la consommation des programmes.
Reste à savoir quels programmes sont à concevoir et produire en fonction de ces spécificités, et pour quelle exploitation. La catch-up TV est envisageable comme une base logique voire un passage obligé, la tablette favorisant le “Où je veux, quand je veux”. Sont appelés à se développer les programmes teasers additionnels, remplis de fonctionnalités ludiques et dynamiques intégrées dans l’écriture même des programmes. Car au cœur de l’intérêt des tablettes pour la télévision se trouve la possibilité de fondre dans un même creuset créatif les logiques de la narration scénaristique et les leviers marketing basés sur l’interaction et le partage.
La tablette ouvre grand des portes jusque là décrites théoriquement : celles du support de visionnage placé au cœur de la consommation transmedia, celle-ci incluant la passivité devant l’écran comme une activité déchaînée. Car le spectateur est dans sa relation au programme comme dans d’autres relations : tour à tour actif et passif. Car ce n’est pas les évolutions qu’il entraîne dans les usages qui font de celles-ci une révolution totale.
Et puisque l’outil ne fait pas non plus la stratégie, reste à intégrer au cœur de la conception des programmes les expertises portant sur la connaissance des usages des publics cibles, et celles relatives à la promotion, permettant le recrutement et la fidélisation de l’audience. Sur la base de cette expertise, pourront s’ajouter des logiques de micro-paiement (paiement à l’acte) déclenché par une offre d’applications et de contenus additionnels justifiés par le contenu central. Cela ouvre des perspectives relatives au développement des revenus liés à l’exploitation des programmes, notamment concernant l’exploitation des licences.
La tablette est donc le support qui magnifie l’union de la production audiovisuelle et du marketing, ce Graal souvent invoqué, rarement vu… pour l’instant.
Source : Olivier Missir / Florian Pittion Rossillon Co-fondateurs Brandcasterz