À Las Vegas, trois poids lourds de l’IA ont défendu des formes d’ouverture. Derrière le débat technique, c’est la gouvernance du marché qui se joue.
En bref
- Hinton, Ng et Li défendent l’ouverture de l’IA
- Le débat porte aussi sur le contrôle du marché
- Tous jugent une régulation nécessaire
Le débat sur l’IA ouverte n’est plus un simple sujet de labo. À Ai4, à Las Vegas, Geoffrey Hinton, Fei-Fei Li et Andrew Ng ont surtout posé une question très concrète pour l’écosystème: qui tiendra les clés de l’accès aux modèles, des usages et, derrière, de la valeur ?
Le vrai sujet, ce sont les futurs gardiens de l’IA
Pour les trois chercheurs, laisser quelques grands acteurs régler seuls le rythme du progrès serait une mauvaise idée. Andrew Ng a dit très clairement qu’il ne voulait pas de gardiens à l’entrée, parce que cela limiterait l’accès de tous à l’IA. La comparaison avec les OS mobiles n’est pas anodine: quand un petit nombre de plateformes contrôle l’accès, il pèse aussi sur ce qui peut se construire dessus.
Résultat ? Le débat sur l’ouverture touche autant à la concurrence qu’à la sécurité. Et pour des acteurs du numérique, c’est loin d’être secondaire.
Hinton accepte l’état du jeu, sans lâcher sur les risques
Chez Geoffrey Hinton, la nuance est nette. Il distingue l’open source, où le code peut être inspecté et corrigé, des modèles open-weight, qui livrent au public les paramètres d’un modèle déjà entraîné. Pour lui, ce n’est pas du tout la même chose, parce que cela facilite la réutilisation de grands modèles pour des usages malveillants, notamment des cyberattaques.
Mais il reconnaît aussi que cette bataille est déjà perdue. Les open weights sont là, et la barrière principale, le coût d’entraînement des modèles fondamentaux, a sauté. Pas de retour en arrière. En même temps, Hinton refuse qu’on balaie les inquiétudes d’un revers de main: il pense que l’IA améliorera la productivité, l’éducation et la santé, sans juger illégitime de s’inquiéter de ses effets négatifs.
Ng voit une bataille de coûts, d’accès et de soft power
Là où Ng insiste, c’est sur le marché. Selon lui, le vrai gagnant sera souvent celui qui construit le modèle le moins cher. Et si des modèles open-weight chinois s’imposent en Asie, en Afrique ou dans le monde en développement, ils pèseront aussi sur la façon dont des milliards de personnes rencontrent des idées comme la démocratie, la liberté ou les droits humains.
Son message est double: défendre la compétitivité américaine et maintenir plusieurs fournisseurs en lice. Il estime que le lobbying et les discours anxiogènes aux États-Unis freinent l’IA ouverte locale, au moment même où la compétition mondiale s’accélère.
Pour Li, l’ouverture utile sera par couches, pas absolue
Fei-Fei Li rejette le face-à-face binaire entre ouverture totale et fermeture totale. Elle prend l’exemple de la physique nucléaire: les papiers scientifiques circulent librement, l’uranium est régulé, et le travail de laboratoire se situe entre les deux. En gros, chaque couche du système peut avoir son propre niveau d’ouverture.
Elle cite aussi les coopérations public-privé comme le Human Genome Project. L’idée est simple et plutôt solide: une base de connaissance ouverte peut servir d’infrastructure, permettre aux scientifiques d’avancer, aux entreprises pharmaceutiques de gagner de l’argent et à la société d’en tirer un bénéfice.
Sur un point, tout le monde se rejoint
Malgré leurs désaccords, les trois convergent sur un point: il faudra de la régulation. Hinton l’a formulé sans détour avec Elon Musk et Mark Zuckerberg en ligne de mire: on ne peut pas laisser quelques patrons décider seuls de la manière dont l’IA doit être développée.