L’adoption de l’IA s’accélère dans les entreprises européennes, mais la gestion des accès suit mal. Et le modèle du fournisseur unique recule déjà.
En bref
- L’Europe cumule une dette identitaire avec l’IA
- Le multi-fournisseurs remplace le modèle unique
- Les agents IA compliquent sécurité et gouvernance
Le sujet, en EMEA, n’est déjà plus d’ouvrir la porte à l’IA. Le vrai chantier, c’est de savoir qui accède à quoi, avec quels droits, sur quelles plateformes, et comment on prouve ensuite ce qui a été fait. Résultat, une dette identitaire monte à mesure que les entreprises empilent les outils.
En EMEA, l’IA avance plus vite que la gouvernance
Chez Okta, l’analyse de données anonymisées issues de sa plateforme SSO, menée sur plus de 20 000 organisations, montre un décalage assez net. D’un côté, les usages d’IA passent à l’échelle. De l’autre, la gestion des identités et des accès se fragmente. Permissions mal réglées, politiques d’accès qui changent d’un outil à l’autre, gouvernance morcelée, le cocktail est connu, mais il devient plus risqué quand des systèmes d’IA manipulent des données et déclenchent des actions.
Richard Wainwright, CTO EMEA de Okta, insiste sur un point très concret: les organisations devront pouvoir démontrer la responsabilité, la traçabilité et la chaîne de conservation des décisions prises par l’IA quand elles touchent les utilisateurs finaux. Et en Europe, avec les exigences de conformité, ça pèse tout de suite plus lourd.
Le scénario du fournisseur unique perd déjà du terrain
Autre signal intéressant, le fantasme du guichet unique recule. Les déploiements reposant sur une seule plateforme ont baissé de plus de 1,3 % en juin 2026 par rapport à mai 2026, pendant que les environnements multi-fournisseurs progressent.
Ce n’est pas un détail. Pour les équipes IT et sécurité, ça veut dire plus d’intégrations, plus de règles d’accès à harmoniser, plus de surface de contrôle. Richard Wainwright explique d’ailleurs que l’IA n’est pas cantonnée à des agents développés sur mesure, elle est aussi intégrée dans les applications SaaS et les outils métiers déjà en place. Du coup, une plateforme ouverte et interopérable devient critique, avec des standards ouverts comme XAA.
Des copilotes aux agents, le changement devient concret
Ce qui change, ce n’est pas seulement le nombre d’outils. C’est leur rôle. L’étude décrit un basculement des fonctions d’auto-complétion vers des systèmes capables de superviser des environnements de façon proactive et d’exécuter des workflows en plusieurs étapes avec une intervention humaine limitée.
L’essor d’outils comme Claude Code GA ou Cursor 1.0 illustre bien cette phase. En gros, on sort du simple assistant conversationnel pour aller vers une vraie couche d’infrastructure applicative.
Les nouveaux venus poussent, les géants gardent la main
Le marché ne se ferme donc pas, il se disperse. Les pure players comme Anthropic, OpenAI et Cursor gagnent vite du terrain. Mais les acteurs historiques, Microsoft et Google en tête, gardent des volumes d’usage élevés grâce à leurs relations d’entreprise et à leurs intégrations existantes.
Pour l’écosystème mobile et numérique, c’est la vraie lecture. L’enjeu n’est plus seulement de brancher un outil d’IA de plus, mais de poser une gouvernance d’identité assez solide pour faire collaborer humains, apps et agents sans perdre le contrôle.