La cuvée 2026 du French Tech Next40/120 change de ton: moins de seule croissance, plus de souveraineté, d’usines et de deeptech.
En bref
- Le Next40/120 2026 change clairement de récit
- La deeptech et l’industrie prennent le dessus
- L’échelle européenne reste la grande question
Le signal est net. Avec la promotion 2026 du French Tech Next40/120, la French Tech ne se raconte plus seulement en levées, en croissance ou en SaaS. Le document met en avant un autre décor, plus lourd, plus long, plus stratégique: des usines, des sites industriels, de la R&D difficile à copier, et une idée de souveraineté qui déborde largement le logiciel.
Le palmarès raconte autre chose que de la croissance
Les chiffres, eux, restent costauds. La sélection 2026 pèse 11,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé, 46 000 emplois dans le monde dont 33 500 en France, avec 31 % de croissance moyenne. Et 97 % des entreprises sont présentes à l’international.
Mais ce qui frappe, ce n’est pas juste la taille. C’est le fait que le récit insiste aussi sur 33 sites industriels répartis dans 10 régions. Pour un écosystème longtemps associé aux marketplaces, aux fintechs ou aux plateformes SaaS, le déplacement est très visible.
Deeptech, usines, R&D longue, le nouveau centre de gravité
La vraie nouveauté n’est donc pas seulement l’IA. C’est le retour de l’industrie. La source cite une série d’acteurs qui incarnent ce virage, de Mistral AI à Alice et Bob, en passant par Pasqal, Quobly, Verkor, Wandercraft, Aura Aero ou Exotrail.
On parle ici de technologies de rupture, avec plusieurs années de R&D, pas de produits faciles à dupliquer. Le poids de la deeptech le confirme: 27 % dans le FT120, 38 % dans le Next40. Et les secteurs poussés au premier plan, du quantique à la cybersécurité, en passant par la santé, la robotique, l’énergie et le spatial, collent clairement à une logique de politique industrielle.
Les angles morts restent très visibles
Résultat? Le discours gagne en ambition, mais il laisse des trous. Le plus frappant pour l’écosystème mobile et réseau, c’est l’absence quasi totale des télécoms. Le document parle cloud, cybersécurité, quantique et IA, mais très peu de 5G, de 6G, d’edge computing, de fibre ou de satellites télécoms. Pourtant, pas d’IA souveraine sans infrastructure souveraine.
Même constat côté robotique, où seules quatre entreprises robotique/électronique apparaissent dans le FT120, avec surtout Exotec et Wandercraft mises en avant. Le spatial, lui, existe avec Latitude, Exotrail et Unseenlabs, mais la source parle davantage d’une démonstration de capacités que d’une domination industrielle. Et sur l’énergie pour les futurs data centers IA, comme sur les semi-conducteurs, le récit reste partiel.
La vraie question n’est plus française, elle est européenne
C’est là que le sujet devient politique. Le document parle souvent d’Europe, mais la logique de sélection reste d’abord nationale. Or la compétition se joue face aux États-Unis, à la Chine, à l’Inde et au Golfe.
Bref, le Next40/120 2026 raconte moins une réussite qu’une transformation. La France veut montrer qu’elle peut faire émerger des champions dans le calcul, la santé, l’énergie, le spatial, la robotique ou le quantique. Reste la question qui compte vraiment pour la suite: ces champions resteront-ils français, ou deviendront-ils assez vite européens, puis mondiaux, avant l’accélération de la consolidation internationale?