La Suisse ouvre une enquête antitrust contre Google après la disparition du Choice Screen sur Android. Le sujet dépasse un simple menu au démarrage.
En bref
- La Suisse vise Google sur Android
- Le Choice Screen a disparu
- Les réglages par défaut sont au centre
Sur mobile, tout se joue souvent en 30 secondes. Le premier démarrage, deux ou trois écrans, un réglage validé sans y penser, et le marché est déjà biaisé. C’est précisément ce que Google remet sur la table en Suisse, où l’autorité de la concurrence a ouvert une enquête préliminaire.
Le vrai sujet, c’est le premier écran
Le point de friction est simple. Sur les appareils Android activés en Suisse, les utilisateurs ne verraient plus l’Android Choice Screen, cette étape qui permet de choisir son moteur de recherche par défaut au moment de la configuration. À la place, Google Search s’affiche directement comme option par défaut.
Pour le Secrétariat de la Commission de la concurrence, la logique concurrentielle est assez claire. Les paramètres préconfigurés pèsent lourd dans les marchés numériques, parce qu’ils réduisent la visibilité des alternatives et créent des effets d’enfermement. Et quand ça se passe au tout début de la vie d’un smartphone, l’impact est encore plus fort. Pas de quoi minimiser ça comme un simple ajustement d’interface.
Pourquoi la Suisse ouvre un front maintenant
Ce qui agace le plus COMCO, c’est l’écart de traitement. Dans l’Espace économique européen, Google continue de proposer cet écran de choix. En Suisse, non. Pour le régulateur, les enjeux de concurrence sont pourtant comparables, et cette différence peut renforcer la position du groupe en rendant l’entrée plus difficile pour les moteurs rivaux, mais aussi, plus largement, pour d’autres services numériques.
L’enquête doit maintenant établir si cette pratique tombe sous le coup de la Cartel Act suisse. Et là, on n’est plus dans le symbolique. L’autorité peut infliger une amende administrative allant jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires réalisé par l’entreprise en Suisse sur les trois dernières années.
Une affaire locale, avec des conséquences bien plus larges
Google, par la voix d’un porte-parole, dit vouloir coopérer pleinement avec l’autorité pour répondre à ses questions. Réponse attendue, mais le dossier est sensible quand même.
Parce que le régulateur suisse le dit noir sur blanc, même si l’affaire vise aujourd’hui Android, ses conclusions pourraient aussi servir à évaluer les pratiques liées aux réglages par défaut sur d’autres appareils mobiles. Et ce n’est pas isolé. En début d’année, la Competition and Markets Authority au Royaume-Uni a lancé une enquête proche sur l’écosystème mobile de Google, avec la même idée de fond, vérifier si sa puissance de marché sert à bloquer les services concurrents et à favoriser ses propres produits.
Bref, la Suisse n’ouvre pas un micro-dossier local. Elle remet sous pression un point très concret, le paramètre par défaut, qui reste l’un des outils les plus efficaces pour verrouiller un écosystème mobile.