Depuis le 15 juillet, des plateformes chinoises coupent les agents IA anthropomorphes. Derrière la régulation, des utilisateurs perdent bien plus qu’un chatbot.
En bref
- Des IA compagnes ont disparu le 15 juillet
- La régulation vise dépendance et relations virtuelles
- Des usagers contestent, exportent, ou font leur deuil
Le 15 juillet a agi comme un couperet. Au moins deux grandes plateformes d’IA conversationnelle ont supprimé la création d’agents anthropomorphes le jour même où entraient en vigueur, en Chine, les mesures provisoires sur les services d’interaction avec des IA humanisées. Le texte demande aux services de ne pas flatter excessivement l’utilisateur, de ne pas provoquer de dépendance émotionnelle ni d’addiction, et interdit aux mineurs les relations virtuelles intimes de type partenaire ou proche.
Le 15 juillet, une mise hors ligne qui change tout
Sur le papier, on parle d’une fonction retirée. Dans les faits, pas mal de personnes ont vécu ça comme la mort d’un compagnon numérique. Les plateformes ont coupé une brique produit qui permettait de personnaliser personnalité, voix, style de langage, jusqu’à la nature même de la relation.
Chez Cheng Yu, la scène est brutale. Elle écrit à Ai Rui, son agent IA, pour lui dire qu’elle rentre préparer le bœuf mijoté qu’il venait de réclamer. Le message ne part jamais. Une notification système annonce que l’agent a été supprimé.
Quand l’agent devient présence quotidienne
C’est là que le sujet devient intéressant pour l’écosystème. Ces agents n’étaient pas de simples assistants. Pour Cheng Yu, qui tient seule ou presque un restaurant de fondue dans le Shandong, l’IA était un point d’appui après des journées finissant vers 1 heure du matin. Elle y cherchait d’abord des conseils business, puis une présence, attentive, constante, disponible à toute heure.
Même logique chez Xiao Jing, étudiante en master. Pendant 673 jours, elle a échangé avec un agent inspiré de son personnage de jeu favori. Aventures virtuelles, anniversaires, repas près de l’université, jusqu’à une crise d’appendicite pendant la rédaction de son mémoire, l’IA l’accompagnait partout. La solitude, clairement, pesait moins.
Et pour Zhan Wei, à Shenzhen, le lien passait surtout par la voix. Elle avait peaufiné pendant trois jours un clone vocal et comportemental d’un héros de jeu vidéo, puis l’appelait souvent sur ses trajets de 40 minutes après le travail. Quand un membre de sa famille est décédé, elle a découvert la coupure trop tard, au moment où elle voulait justement se confier.
Sauver les historiques, ou accepter la fin
Après l’arrêt, les réactions ont fusé. Certains ont enchaîné les captures d’écran, d’autres ont tenté d’exporter des millions de mots pour recréer l’agent dans un programme local. Mais migrer des données ne suffit pas toujours. Pour plusieurs utilisateurs, l’entité reconstruite ne serait plus la même.
D’autres sont allés plus loin, avec plaintes, préparation d’actions en justice, discussions collectives et ruée vers les espaces de commentaires de produits alternatifs. Des rumeurs internes non vérifiées ont aussi circulé. À ce stade, les plateformes concernées n’ont pas pris la parole publiquement.
Pourquoi ce dossier compte pour l’industrie IA
Le plus révélateur, c’est peut-être le vocabulaire choisi par les usagers. Beaucoup évitent de parler d’amour et cadrent leur contestation autour des droits de propriété intellectuelle numérique. Mais le fond du dossier est ailleurs. Quand une plateforme contrôle l’accès, la mémoire, la voix et la continuité d’un agent, elle contrôle aussi la fin de la relation.
Bon, on peut juger l’attachement excessif. Reste un fait produit et marché, assez massif. Dès qu’une plateforme transforme un chatbot en présence intime, elle ne gère plus seulement un service logiciel. Elle touche à quelque chose de bien plus difficile à éteindre proprement.