Publié le 11 mars 2024, modifié le 17 mai 2024.
Par Christophe Romei

Défi européen : briser le monopole des “Gatekeepers”

Publié le 11 mars 2024, modifié le 17 mai 2024.
Par Christophe Romei

Voici un texte du co-fondateur de Uptodown.com, le premier app store Européen ou il rappelle que sans une action ciblée, la domination des "Gatekeepers" comme Google, Apple reste inébranlable, rendant vaine toute tentative de diversification du marché numérique européen.

Face à l’urgence de réguler les géants technologiques, l’implémentation de l’Acte sur les Marchés Numériques (DMA) se révèle cruciale. Le coeur du problème réside dans la pré-installation des boutiques d’applications, limitant drastiquement la concurrence. Dans un contexte où l’Europe s’apprête à définir les contours de sa relation future avec le secteur technologique, une question centrale émerge : comment briser le monopole des “Gatekeepers”, ces géants qui contrôlent l’accès aux applications sur nos smartphones ? La période actuelle, marquée par la mise en place de l’Acte sur les Marchés Numériques (DMA), est décisive. Notre mission est d’orienter la commission et les régulateurs vers la priorité absolue, malgré les stratégies de conformité malveillante adoptées par lesdits gardiens.

La racine du problème

Le véritable enjeu, souvent occulté par les propositions de Google et Apple, réside dans la pré-installation systématique de leurs magasins d’applications sur tous les téléphones vendus en Europe. Cette pratique, apparemment anodine, anéantit toute forme de concurrence et rend obsolètes les autres mesures législatives envisagées. Qu’importe la liberté de choisir un navigateur par défaut si celui-ci n’est pas accessible via le magasin pré-installé ? L’influence des Gatekeepers demeure ainsi totale et incontestée.

Le poids des chiffres

Uptodown, un concurrent direct de Google Play, illustre parfaitement cette problématique. Avec plus de 300 millions de téléchargements mensuels et une communauté de 80 000 développeurs, notre part de marché ne dépasse pas le pourcent.
Après une décennie de domination sans partage, le constat est amer : l’utilisateur moyen serait bien en peine de nommer une alternative à Google Play, signe indéniable des dommages irréversibles causés par cette pré-installation systématique.

Les faux-semblants de solutions

La proposition de Google, suggérant que le choix du magasin pré-installé revienne aux fabricants, est une mascarade. Ces derniers, dépendants de Google pour divers services, ne sont guère en mesure d’offrir une alternative véritable. De surcroît, cette proposition ignore l’essence même du problème : l’absence d’une concurrence loyale et ouverte.

Il est impératif que les utilisateurs donnent leur consentement explicite et que les alternatives soient présentées sur un pied d’égalité. Nous ne réclamons pas un traitement de faveur, mais simplement une chance équitable de concourir.

La stratégie de Google, sous couvert de liberté de choix pour les fabricants et les utilisateurs, dissimule une volonté de perpétuer un monopole à l’innovation et à la diversité. L’Europe se trouve à un carrefour décisif : soit elle adopte une posture ferme et innovante pour rétablir l’équilibre du marché numérique, soit elle cède face à l’hégémonie des Gatekeepers. L’urgence d’agir est réelle, car une fois les magasins indépendants évincés, aucune loi ou régulation ne pourra inverser le cours des choses. La voie vers un marché numérique plus juste et ouvert passe par des mesures concrètes et immédiates, sous peine de voir s’évanouir la diversité numérique européenne.

Mon avis

Bien que les décisions en matière de régulation du marché numérique soient cruciales, il est légitime de considérer que l’introduction tardive de certaines mesures, telles que la Directive sur les Marchés Numériques (DMA), est quelque peu surprenante. Cette surprise est amplifiée par le fait que des dispositifs similaires, connus sous le nom de “Walled Garden”, ont déjà été présents dans les pratiques des opérateurs avant l’arrivée des Stores chez Apple et Google.

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