Derrière une campagne absurde avec Jason Kelce, un vrai débat s’impose : l’IA pousse les data centers à chercher d’autres sources d’eau.
En bref
- La blague de Liquid Death touche un vrai problème
- L’eau recyclée sert déjà à refroidir des data centers
- Le vrai blocage, c’est l’infrastructure locale
L’image est potache, le fond l’est beaucoup moins. Avec sa campagne menée avec Jason Kelce, Liquid Death détourne un sujet devenu très concret pour l’écosystème tech, la consommation d’eau des data centers dopés à l’IA.
L’IA remet l’eau au centre du débat
Dans la vidéo, Jason Kelce lance que les data centers IA gaspillent des millions de gallons d’eau et qu’il faudrait les refroidir avec notre urine. La scène est absurde, volontairement. Mais elle tombe à un moment où la pression environnementale autour des centres de données sort du cercle des experts.
Le contraste est là. D’un côté, une industrie qui grossit très vite. De l’autre, une opinion publique de plus en plus méfiante. Un récent sondage Gallup indique qu’environ sept Américains sur dix s’opposent aux data centers dans leur communauté. Et la viralité de cette campagne rappelle une chose simple, le coût matériel de l’IA devient visible.
Non, l’urine ne refroidit pas un serveur telle quelle
Bon, sur le plan technique, l’idée ne tient pas une seconde. Bruno Pigott, de la WateReuse Association et ancien responsable à l’EPA, explique qu’on ne peut pas injecter directement de l’urine dans un système de refroidissement. Elle contient des sels, de l’urée, des bactéries, de la matière organique. Résultat ? Des dépôts, de l’entretien en continu, et dans le cas du refroidissement évaporatif, une perspective franchement peu séduisante.
Il précise quand même le point utile, l’urine peut entrer dans une chaîne de traitement et redevenir une eau exploitable. En gros, pas l’urine brute, mais l’eau usée transformée.
L’eau usée traitée est déjà une vraie piste industrielle
C’est là que la blague rejoint le réel. Michael Obradovitch, vice-président chez Ecolab, souligne que des sources d’eau alternatives sont déjà utilisées pour refroidir certains sites. Parmi elles, l’eau recyclée, issue des eaux usées et des eaux d’égout après traitement.
Ces traitements passent notamment par des bioréacteurs à membranes, l’osmose inverse, les UV et d’autres procédés jusqu’à rendre l’eau assez propre pour un usage industriel, parfois même potable. Greta Zornes, chez CDM Smith, rappelle que cette pratique existe depuis des décennies dans l’industrie. Mais elle note aussi un boom récent pour les data centers, au point d’y travailler chaque jour.
Le frein n’est pas l’idée, c’est l’infrastructure
Le vrai mur, c’est l’échelle. Pour substituer l’eau potable, il faut être proche d’une station d’épuration assez grande pour fournir des millions de gallons par jour. Quand les data centers s’installent dans des zones rurales, cette capacité manque souvent.
Le cas de Loudoun County, en Virginie, le montre bien. Le territoire compte plus de 250 data centers et au moins deux douzaines d’autres sont prévues. En 2025, ils utilisaient environ 757 millions de litres d’eau recyclée par jour, soit 43 % de leurs besoins. Les 57 % restants, environ 984 millions de litres, venaient encore de l’eau potable, selon Loudoun Water.
Du coup, la bascule dépend d’investissements lourds. Meta prévoit au moins environ 232 millions d’euros (270 millions de dollars) dans des infrastructures liées aux eaux usées près de ses data centers. Et Bruno Pigott défend une mesure fiscale offrant un crédit d’impôt de 30 % pour accélérer ce type de projets. L’enjeu est là, clairement, faire des data centers des clients d’infrastructure hydrique, pas seulement des consommateurs d’eau.