À Dortmund, les caméras-piétons testent leur place à l’hôpital

Caméra-piéton fixée sur une blouse
Image d'illustration. L’outil soulève la question du filmage. — ADN

Face à la hausse des agressions contre les soignants, Klinikum Dortmund teste des caméras-piétons. L’enjeu dépasse l’outil: calmer sans trop filmer.

En bref

  • Plus de 200 incidents désamorcés à Dortmund
  • Les caméras ne filment pas en continu
  • Le test s’ajoute à la sécurité humaine

Plus de 200 situations auraient été calmées avant de tourner à l’intervention physique. Pour un service d’urgences, ce n’est pas un détail. À Dortmund, l’hôpital Klinikum Dortmund teste des caméras-piétons sur une partie de ses équipes, avec une idée assez simple, rendre visible la possibilité d’un enregistrement pour casser une montée de violence.

Deux cents tensions stoppées avant l’escalade

Le dispositif repose sur des V200 de Motorola Solutions. L’établissement est présenté comme le premier hôpital allemand à équiper ainsi une partie du personnel de ses urgences. Et le point intéressant, clairement, n’est pas la captation d’images en soi, mais l’effet dissuasif de l’objet porté sur l’uniforme.

Pendant la phase pilote, l’hôpital dit avoir évité plus de 200 dérapages grâce à la présence visible de la caméra et à l’avertissement verbal donné par les soignants. Autre signal à regarder, plus de 90 % des employés concernés ont choisi de la porter volontairement. Pour Michael Kötzing, directeur du travail et directeur général du Klinikum Dortmund, les équipes font face régulièrement à des agressions verbales, souvent sur fond d’attente et de détresse émotionnelle. La caméra, dans ce cadre, peut aussi renforcer le sentiment de sécurité côté personnel.

Un usage cadré pour filmer le moins possible

Mais à l’hôpital, on touche tout de suite à une ligne rouge, la vie privée des patients.

Le protocole de Dortmund essaie justement de serrer le cadre. La caméra n’enregistre pas en permanence. Elle doit être activée par son utilisateur, reste coupée pendant les consultations confidentielles et ne fonctionne pas lors des soins courants. Un voyant signale quand la capture est lancée.

Sur la partie données, les vidéos sont chiffrées, réservées aux personnes autorisées et supprimées après une durée définie, sauf si un signalement ou une enquête impose leur conservation. Tout l’enjeu est là, faire entrer l’outil dans le périmètre du RGPD, alors même qu’il peut concerner des personnes blessées, malades ou vulnérables.

Pourquoi ce test compte au-delà d’un seul hôpital

Le contexte allemand explique pourquoi cette expérimentation est observée de près. D’après une étude du German Hospital Institute, près de trois quarts des représentants d’hôpitaux interrogés disent avoir constaté une hausse des agressions physiques ou verbales contre le personnel sur les cinq dernières années.

Bref, la caméra n’arrive pas pour remplacer le reste. À Dortmund, elle s’insère dans un ensemble plus large, avec agents de sécurité présents 24 heures sur 24, contrôle d’accès et formation des équipes aux techniques de désescalade. C’est sans doute la bonne lecture du test. Une caméra ne réglera ni les urgences saturées, ni l’angoisse des proches, ni les tensions liées à l’attente. En revanche, elle peut ajouter ces quelques secondes de retenue qui empêchent une insulte de devenir une menace, puis une agression.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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