Câbles sous-marins : les GAFAM dominent le réseau mondial

Image d'illustration. Des câbles sous marins.ADN
Longtemps pilotés par les opérateurs télécoms, les câbles sous-marins sont désormais dominés par les GAFAM. Entre souveraineté numérique, maintenance critique et nouveaux liens Afrique-Europe, l’équilibre mondial évolue rapidement.
Tl;dr
- Les GAFAM dominent les câbles sous-marins récents.
- Orange reste un acteur clé de la maintenance.
- De nouveaux projets renforcent la connectivité Afrique-Europe.
Un virage silencieux : les géants du numérique prennent le large
Il y a encore peu, les consortiums d’opérateurs internationaux tenaient fermement la barre des infrastructures mondiales. Pourtant, depuis une décennie, ce sont désormais les GAFAM, autrement dit, Alphabet, Meta, Microsoft et Amazon qui, discrètement mais sûrement, se sont imposés comme propriétaires et gestionnaires des câbles sous-marins les plus performants. Un basculement qui s’accompagne d’une réalité saisissante : en juin 2024, ces mastodontes détenaient ou finançaient ensemble plus de 70 % des nouveaux projets de câbles mondiaux. Leurs infrastructures, tel le câble Dunant de Google, capable de transporter jusqu’à 250 Térabits par seconde relèguent au second plan les anciennes générations dont la capacité plafonne à quelques unités. Résultat : même si certains vieux câbles restent en service, leur poids dans l’acheminement du trafic internet mondial est devenu marginal.
Souveraineté numérique et orchestration locale : la riposte s’organise
Ce transfert de pouvoir n’est pas sans soulever de nombreuses interrogations, particulièrement sur le plan de la souveraineté numérique. Contrôler les flux de données équivaut potentiellement à influencer leur cheminement… et donc, indirectement, à disposer d’un levier sur les États et entreprises dépendants de ces artères numériques. En France, deux des câbles récents arrivant sur le territoire « Dunant et Amitié » appartiennent respectivement à Google et Meta. Si l’on ne peut modifier la propriété physique de ces câbles immergés dans les océans, des acteurs tels que France-IX œuvrent à renforcer la maîtrise nationale sur l’acheminement local du trafic : interconnexion directe des opérateurs français, réduction du transit via l’étranger… autant d’initiatives pour préserver une certaine autonomie.
L’expertise maritime d’Orange face aux aléas du monde sous-marin
Face à cette redistribution des cartes internationales, un acteur historique tel qu’Orange continue pourtant d’occuper une place stratégique. L’opérateur français possède encore une flotte conséquente de navires câbliers (sept unités dont six dédiées à la pose), assurant près de 15 % de la capacité mondiale d’installation et générant un chiffre d’affaires annuel conséquent. Il faut dire que la maintenance n’est pas un luxe superflu : chaque année voit son lot d’incidents causés par les séismes ou l’activité humaine (chalutiers notamment), mettant parfois à mal la connectivité entière d’une région. Illustration récente : lorsque plusieurs coupures simultanées ont frappé La Réunion cet été, seuls les clients d’Orange ont échappé à la paralysie numérique grâce à une redondance efficace.
L’Afrique au cœur des nouvelles routes numériques
Enfin, impossible de passer sous silence l’effervescence qui anime le continent africain sur ce sujet. Novembre 2025 a vu l’entrée en service du câble sous-marin 2Africa, fruit d’un consortium réunissant notamment Meta, Orange, ou encore China Mobile. Plus récemment encore, le projet Via Africa, auquel participent trois entités du groupe Orange (dont Sonatel), promet un nouveau lien direct entre l’Europe et l’Afrique australe via plusieurs points stratégiques. Ces développements témoignent non seulement des enjeux croissants autour de la résilience numérique régionale mais aussi du déplacement progressif du marché : maîtriser non seulement les actifs physiques mais aussi leur orchestration demeure aujourd’hui crucial pour garantir l’accès continu aux services numériques.