App Store : Apple bientôt contrainte de changer ses règles ?

Image d'illustration. App StoreADN
Accusée d’abus de position dominante, Apple fait face à une action collective sans précédent au Royaume-Uni. Une décision de justice pourrait lui coûter 1,5 milliard de livres et bouleverser son modèle économique.
Tl;dr
- Apple condamnée pour frais excessifs sur l’App Store.
- Jusqu’à 1,5 milliard de livres d’indemnités possibles.
- Nouvelle pression réglementaire au Royaume-Uni.
Apple dans la tourmente judiciaire britannique
La récente décision du Tribunal d’appel de la concurrence (CAT) à Londres pourrait bien marquer un tournant dans la manière dont les grandes plateformes numériques opèrent outre-Manche. Au cœur du dossier : les pratiques tarifaires jugées « excessives et injustes » de Apple sur son App Store. Depuis le 1er octobre 2015, les développeurs d’applications iOS dénonçaient des commissions trop élevées lors des achats effectués sur iPhone ou iPad. Cette contestation a pris une ampleur inédite lorsqu’une action collective, menée par l’universitaire Rachael Kent, a été déposée contre le géant américain.
Apple affronte une vague de poursuites antitrust mondiale. En mars 2024, le ministère américain de la Justice et 16 États l’accusent de monopole illégal sur le marché des smartphones, allégations validées par un juge en juin 2025. L’Union européenne inflige une amende record à Apple en 2024 pour abus de position dominante, tandis que le Digital Markets Act impose une ouverture de l’écosystème iOS. Au Royaume-Uni, une action collective de 1,5 milliard £ obtient un jugement favorable en octobre 2025. La Corée du Sud pionnière en 2021, impose des paiements alternatifs. Le Japon obtient un règlement similaire la même année. Le modèle économique de l’App Store est contesté partout. Il est certain que ces procédures engendrent un coût pour Apple, même si le budget global consacré à ces litiges reste inconnu. À titre d’exemple, Reuters rapporte qu’Apple a demandé le remboursement d’environ 73 millions de dollars de frais d’avocats dans l’affaire qui l’oppose à Epic Games.
L’ouverture d’un chantier indemnitaire majeur
Pour nombre d’observateurs, cette affaire ne se limite pas à un simple litige commercial. D’après la société juridique représentant les plaignants, Hausfeld & Co, il s’agit même d’une « victoire juridique historique pour les consommateurs britanniques ». Le jugement laisse entrevoir une indemnisation totale de près de 1,5 milliard de livres sterling, susceptible de bénéficier à près de 36 millions de consommateurs et entreprises estimant avoir payé des prix gonflés.
Le CAT a ainsi pointé que la position dominante d’Apple lui permettait non seulement d’étouffer la concurrence et l’innovation, mais aussi d’imposer des coûts finalement répercutés sur les utilisateurs finaux – en infraction avec les législations britannique et européenne.
Nouvelles régulations à l’horizon ?
La portée du jugement dépasse toutefois le seul cadre judiciaire. Tandis qu’Apple, selon des informations rapportées par BBC News et Reuters, prévoit déjà de faire appel, le CAT a fixé une audience pour examiner ces suites potentielles après le 3 novembre 2025.
En parallèle, l’intérêt croissant des autorités s’intensifie : cette semaine, l’Autorité britannique de la concurrence et des marchés (CMA) a classé tant Apple que Google parmi les acteurs détenant un « statut stratégique » sur leurs écosystèmes respectifs. Cette désignation pourrait aboutir à une régulation accrue sur plusieurs fronts — notamment concernant la distribution des applications si une ouverture du marché est jugée insuffisante.
Pistes envisagées pour la suite
Face à ces évolutions, plusieurs conséquences sont envisageables :
- L’instauration possible de plafonds sur les commissions appliquées par Apple.
- L’obligation d’autoriser davantage d’acteurs sur ses plateformes.
- L’ouverture d’autres recours collectifs en Europe si ce précédent fait jurisprudence.
À mesure que le calendrier judiciaire avance, c’est toute l’économie numérique qui scrute attentivement l’évolution du dossier Apple au Royaume-Uni. Un signal fort envoyé aux géants du secteur sans doute appelé à résonner bien au-delà des frontières britanniques.Le regain d’attaques contre Apple et son App Store s’explique par la montée en puissance de son écosystème fermé, jugé anticoncurrentiel. Les régulateurs, mieux armés face aux géants du numérique, multiplient les enquêtes, encouragés par des précédents médiatiques comme l’affaire Epic Games. L’évolution du droit de la concurrence, l’adoption de lois comme le Digital Markets Act en Europe et l’essor des recours collectifs renforcent la pression. Désormais considérée comme une plateforme stratégique, Apple est scrutée de près par les autorités du monde entier, dans un contexte où la régulation devient un levier majeur pour rééquilibrer le pouvoir numérique.