Le 11 septembre 2001 a révélé trois failles critiques des réseaux : saturation voix, infrastructures touchées et secours incapables de se parler.
En bref
- La voix a saturé en quelques minutes
- Les secours utilisaient des radios incompatibles
- Internet a souvent mieux tenu
En 2001, la communication reposait encore d’abord sur la voix. Pas de smartphone, pas de cloud grand public, pas de WhatsApp, pas de vidéo mobile. Le fixe dominait, avec des réseaux en commutation de circuits, solides au quotidien mais mal armés pour absorber une vague géante d’appels simultanés.
La voix a cassé presque tout de suite
Au moment des impacts contre les tours du World Trade Center, proches, collègues, témoins, entreprises, secours, tout le monde a tenté de joindre quelqu’un. Le fixe dominait encore, avec des réseaux en commutation de circuits, robustes en temps normal mais peu adaptés à une vague géante d’appels simultanés.
Résultat, saturation immédiate sur le fixe comme sur le mobile. Beaucoup ont entendu ce message resté associé à cette journée, « Tous les circuits sont occupés ». Vous pouvez avoir de la couverture, des équipements partout, des capacités sur le papier. Si la demande explose d’un coup, ça bloque.
Les appels venus des avions
Les passagers ont bien appelé depuis les avions, mais principalement avec les téléphones de bord GTE Airfone, installés dans les sièges. À bord du vol United 93, 35 appels furent passés par Airfone et deux seulement avec des mobiles personnels. Ces échanges permirent aux passagers d’apprendre les premières attaques, de comprendre la mission des terroristes et d’organiser leur révolte. Une démonstration tragique du rôle vital des télécommunications.
À Manhattan, la panne était aussi physique
L’autre leçon, plus terre à terre, vient de Lower Manhattan. Là, les infrastructures elles-mêmes ont été frappées. Le central téléphonique de Verizon, au 140 West Street, juste en face du complexe, a été gravement endommagé.
Environ 300 000 lignes téléphoniques ont été touchées, ainsi que plus de trois millions de circuits de données. Les opérateurs ont aussi limité certains appels entrants pour préserver de la capacité pour les hôpitaux, les autorités et les secours. La résilience, clairement, ne se joue pas seulement dans le logiciel.
Le trou béant, c’était l’interopérabilité des secours
Police, pompiers, ambulances, Port Authority, chacun travaillait avec ses propres systèmes radio, parfois incompatibles. C’est le point le plus grave. Des policiers en hélicoptère voyaient la structure se dégrader, mais certaines alertes ne pouvaient pas être transmises directement aux pompiers déjà engagés dans les étages.
La Commission du 11-Septembre l’a ensuite pointé noir sur blanc. Un réseau critique ne se juge pas au débit ou à la couverture. Il doit aussi être priorisé, redondant et interopérable.
Internet a mieux résisté, et ça a changé la suite
Dans ce chaos, les échanges de données ont souvent mieux tenu. Un email, une messagerie instantanée, un site d’info n’occupent pas un circuit continu, et les paquets peuvent passer par d’autres chemins, quitte à arriver avec un peu de retard. Les terminaux BlackBerry, alors surtout entre les mains des pros, ont permis à certains de garder un lien quand les appels échouaient.
Cette journée a accéléré la réflexion sur la priorité des communications, la redondance et, plus tard, la bascule vers les communications sur IP.
Des écrans de supervision au souvenir très concret
Un an plus tôt, lors d’un déplacement entre Toronto et Seattle avec des équipes de IBM et des responsables d’Intermarché, l’enjeu semblait presque opposé, tester la commande de courses en ligne avec retrait en région parisienne, bien avant que le drive ne devienne banal. Ce week-end-là, passage à New York et nuit au Millenium Hilton New York Downtown, situé juste en face des tours du World Trade Center. L’hôtel sera lourdement endommagé par leur effondrement, avant d’être entièrement rénové et de rouvrir en mai 2003.
Le 11 septembre 2001, au siège de Fluxus, devant les écrans, même bascule. L’entreprise hébergeait de nombreux sites, dont la plateforme de Le Monde.fr. Dès les premières alertes, puis après les images du second avion, les courbes de trafic se sont envolées. Pas mal de grands sites, de CNN à MSNBC, ont ralenti ou disparu temporairement. Google a même invité les internautes à suivre les événements à la télévision ou à la radio, pendant que Wired décrivait l’écrasement des sites d’information sous la charge. Pour les pros de l’hébergement, le message était limpide, Internet était déjà une infrastructure essentielle.