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Témoignages de vétérans :) sur la décennie de l’industrie du mobile

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Un rapport d’App Annie a révélé le top 10 des applications mobiles les plus téléchargées de la décennie, et Facebook a une emprise sans surprise sur l’ensemble du temps. Facebook, Messenger, WhatsApp et Instagram étaient les quatre applications les plus téléchargées sur Android et iOS dans les années 2010, et toutes les quatre proviennent de la même entreprise. Mais est-ce que le mobile se résume à cela ? Non, bien sur c’est beaucoup plus vaste !

Nous avons demandé à plusieurs personnes qui sont acteur de cet écosystème , leurs avis sur les années mobiles (2010-2020 bien que la fin de la décennie est le 31/12/2020), exercice pas facile. Voici un retour de leur part sans concession  en quelques lignes sur ce qui les a frappé durant cette décennie dans l’industrie du mobile.

À lire : Bye bye, les années mobiles 2009-2019 !

 

“Alors que les premiers services mobiles existaient depuis 2000, propulsés par le WAP, une technologie censée révolutionner nos usages, puis s’incarnant dans des applications basiques sur Symbian et Java, il aura fallu attendre Juin 2007 pour que véritablement nos vies connectées changent en profondeur. A cette époque, j’avais la chance de vivre à San Francisco et donc d’être au coeur du réacteur de l’innovation. Le jour de la sortie de l’iPhone, le 29 Juin 2007, lorsque le CEO de la startup pour laquelle je travaillais a l’époque me remis ce mobile entre les mains, me demandant d’en faire quelque chose, je savais que nous entrions dans une nouvelle ère : la technologie avait disparu, cachée derriere une expérience dingue et un story-telling Made in Apple. Rien ne serait plus jamais comme avant. Et rien ne le fut, effectivement.” Stephane Delbecque

“Dans l’industrie mobile ce qui m’a frappé était la différence d’expérience quotidienne avec les ordinateurs, le fait que le mobile est tracé son chemin seul, avec ses propres régies, apps, et expérience utilisateur. Très différentes du web. Et comment en 3 ans elle a attiré des géants du web , les opérateurs et pure players, qui ont tous essayé de contrôler l’information. (Orange World VS Google) Et comment les géants du web ont gagné la partie en 2 ans a peine. Surtout Google que personne mais alors personne n’a vu venir il l’a jouait très profil bas au MWC et tout un coup ils sortent Android par exemple.

Aussi ce qui ma frappé à l’époque , c’est l’ignorance des agences de communication qui snobait ce média mais se battaient pour avoir un iPhone en avant première. (Attirés par la marque mais incapable d’utiliser ce média dans leur mix). Ce que j’ai adoré aussi est l’avènement du tactile et de la voix mais ça c’est plus récent.” Julien Veillon

“La décennie du mobile 2010 – 2020 a été marquée principalement par la démocratisation massive des smartphones (qui sont désormais utilisés par 2,7 milliards d’humains), et l’explosion de l’écart de prix entre le haut et l’entrée de gamme.

Le facteur de forme “rectangle a bords arrondis recouvert par un écran” a pris le pas sur tous les autres, rendant pourtant la différentiation très difficile. Les performances ont explosé (processeur x 200, stockage x 60, cameras x 50), au détriment de l’autonomie de la batterie qui a permis la création d’un marché des batteries portables qui devrait avoisiner les 20 Milliard de $ aux US d’ici 2022.

Ce qui me frappe personnellement, c’est la pauvreté des usages qui ont accompagné cette explosion de potentiel : il suffit de regarder dans le métro pour s’apercevoir que le smartphone sert avant tout à regarder des séries, à jouer à Candy Crush, ou à faire défiler mécaniquement des photos Instagrams a raison d’une à deux par seconde.

Idem pour les prises de vues : à l’époque où il est possible de tourner et de monter des courts métrages intégralement à l’aide d’un smartphone, la majorité des usages reste des selfies. Et si, d’après mes estimations, la technologie eye-fidelity qu’avait développé imsense permet d’améliorer automagiquement 1/2 milliards de photos chaque jour, l’immense majorité de celles-ci ne seront regardées qu’une fois.

Bref, dans le mobile en particulier comme dans la Tech en général, “nous avions rêvé de voitures volantes ; nous avons eu 160 caractères”. Simplement, dans le mobile, c’est allé 5x plus vite…” Philippe Dewost

“Ce qui m’a frappé cette décennie est non seulement l’explosion et la démocratisation des smartphones, mais aussi la manière dont le mobile s’est placée au centre de nos vies quotidiennes, grace aux apps.

Début 2010, les smartphones étaient réservés à quelques professionnels, dont la principale utilisation était l”email.

Aujourd’hui le smartphone n’est plus réservé à une élite comme il y a 10 ans. Les prix ont baissé, et on trouve des appareils à tous les prix. Les réseaux 4G se sont vite déployés, et les smartphones sont vite devenus le moyen principal d’accès à internet dans les pays en développement, où il n’y a pas d’infrastructure xDSL ou fibre optique. Si bien, que la plupart des accès à internet dans le monde se font par le biais de smartphones et d’apps.

En 2019, plus de 190 milliards d’apps ont été téléchargées sur les stores d’applications d’Apple et de Google et près de 90Milliards de dollars ont été dépensés sur ces plateformes (principalement par le biais d’achat in-app et d’abonnement). Les Applications sont au centre de nos vies: réseaux sociaux, streaming audio ou video, applis de rencontres, banques, commerce, gps, voyage… et bien entendu jeux mobiles!

En une décennie, les apps sont devenus plus populaires que le web, et en moyenne dans le monde, 3 heures par jour sont consacrées à l’usage des apps. Qui l’aurait prédit? Les smartphones et leurs applications remplacement un certains nombre d’appareils que nous achetions il y a 10ans: baladeurs audio, appareils photos numériques compacts, GPS. Aujourd’hui, ils deviennent moyen de paiement. J’espère ne plus à avoir besoin d’un portefeuille dans 10ans.

Les telephones et les applications vont continuer d’évoluer. La 5G arrive, et de nouveaux usages vont se developer. Le smartphone va rester le point central de notre accès aux services, et il pilotera sans doute les autres d’appareils dont nous aurons besoin d’utiliser en complément. ” Bertrand Salord

“Ce qui a changé ? C’est beaucoup plus facile maintenant ! Entre les frameworks, les ressources iOS/Android, les SDK et APIs dans tous les sens, les design systems, les outils de debug et de monitoring, c’est aujourd’hui plus simple de concevoir une expérience mobile. C’est aussi plus facile de trouver des compétences, même si les talents restent chers. En 2009, c’était le far west pour trouver un dev iOS compétent! Et puis il fallait aussi gérer d’autres OS comme Nokia, Windows ou Blackberry ! L’UX s’est aussi nettement professionnalisé, avec de vrais experts et outils (j’ai connu les story board sur Powerpoint…). Et évidemment les start-ups mobile-first qui n’existaient pas et qui sont désormais des objets quotidiens : Uber, Deliveroo, Instagram, Waze…

En revanche certaines choses ne changent pas… Les débats “site mobile” vs “app native” vs “PWA”, ou le rôle des telcos qui n’ont jamais su s’imposer comme un enabler crédible pour les développeurs, malgré toutes les initiatives du GSMA” Olivier Milcent

” Mes années passées chez Sega à faire le VRP pour la compagnie de jeu vidéo chez les opérateurs de téléphonie mobile sont lointaines mais je ne peux m’empêcher de remarquer que mes constats de l’époque ont été dépassés, et de loin.

The Good : les constructeurs et développeurs de logiciel ont mis à disposition au grand public la puissance d’un ordinateur dans la poche. Les applications couvrent un nombre incroyable de domaines, permettant de se faire livrer un peu de tout, de se déplacer un peu partout, de payer avec son téléphone sans sortir ses cartes de crédit un peu partout. On fait du suivi médical, on drague, c’est comme à la Samaritaine des années 50, on y trouve de tout, sur son smartphone. Même son petit pétard du soir.

The Bad : l’humain est devenu addict à son appareil portable. Les gens ne se regardent plus, ils “se connectent”. Les offres de contenus proposées jadis par les opérateurs se sont démultipliées à la faveur de la croissance des marchés d’application proposés par Apple et Google. Les réseaux sociaux regorgent de solutions pour maintenir et augmenter leur audience, ceci à n’importe quel prix, avec des stratégies plus addicitives les unes que les autres, pour arriver au comble du mimétisme, aux avalanches de leggings aux formes toujours plus arrondies qui se gondolent dans tous les sens et qui se propagent en plein #metoo, merci Tiktok… Quand stupide mimétisme rivalise avec bêtise : c’est à coup de millions de downloads et d’utilisateurs actifs que se propage une nouvelle forme de développement de soi même. L’homme retrouve sa posture de singe. Les vendeurs de clicks en toc font les belles heures des zannonceurs qui croient tous ces bonimenteurs de la digitalisation à gogo.

The Ugly : l’écosystème des startups de la Silicon Valley (bientôt suivis par la Chine) a envahi le monde applicatif. Ceci pour le plus grand bonheur des capitaux-risqueurs, des soit-disant entrepreneurs sans moralité qui se sont emparés de la gig-economy pour créer des monstres comme Uber, où l’utilisateur devient malgré lui l’exploiteur d’une main d’oeuvre payée au rabais, sans considération des conditions de travail et de la valeur rémunérée. Deliveroo et les autres, youhou, vilaines unicornes de l’Appstore, le capitalisme du mobile ne s’est jamais aussi bien porté ” Phil Jeudy

“Mon témoignage va être simple mais c’est le point qui me frappe le plus : Le truc le plus incroyable dans l’industrie du mobile est la capacité de l’écosystème à simplifier tous les usages. A les rendre plus facile malgré les contraintes techniques et ergonomique. Acheter. Vendre. Voyager. Payer. S’orienter. Se divertir. Se rencontrer. Filmer. Photographier… Et bien sur communiquer. Tous les services sont devenus plus accessibles et plus simples d’utilisation.” Loic Le Moaligou

“La place inamovible prise par le mobile dans la vie quotidienne de 7 à 77 ans !
L’ouverture des plateformes, l’interopérabilité des services et l’explosion des API qui permettent une expérience utilisateur de premier choix ainsi que l’AR/VR.

L’ hégémonie android, la disparition de Nokia, du Windows Phone que j’aimais bien pourtant.

Les effets positifs sur l’anti-gaspillage, le diagnostic et suivi médical, l’efficience des déplacements, la praticien du paiement mobile et l’exigence accrue des clients (commentaires, facilité du SAV….) Même la ville s’y met, la démocratie citoyenne, les applications de signalement, les services publics. Les chinois nativement mobiles et leurs habitudes de travail vs les occidentaux, utilisant massivement WeChat et toutes fonctions collaboratives.

La simplicité et accessibilité du mobile vs un ordinateur pour les pays en voie de développement et les changements radicaux déjà induits par la 3G et 4G alors que fera la 5G pour la prochaine décennie ainsi que les mobiles pliables. La curiosité suscitée par les réseaux sociaux au détriment de la baisse des VRAIES conversations même si le monde est maintenant au bout des doigts.” Alexia Froudkine

“En 2010, Forrester écrivait déjà que parler d’année du mobile n’avait pas de sens car si le mobile avait changé notre façon de vivre et de communiquer sur la période 2000-2010, il allait changer le modèle économique des entreprises entre 2010 et 2020. Si l’on fait l’erreur de regarder uniquement le m-commerce et les revenus générés directement par le mobile, cette prédiction est exagérée car au final le digital ne représente que 10 à 20% du commerce physique dans la plupart des pays européens, et le marché des apps n’a créé qu’un nombre limité d’emplois. Pourtant si l’on prend du recul, le mobile a changé les attentes des consommateurs et des citoyens : il est toujours au cœur de la révolution numérique qui exige toujours plus de contexte, de personnalisation, de transparence et d’immédiateté. La révolution mobile a permis d’accélérer l’émergence des nouvelles plateformes numériques comme Alibaba, Facebook, ou Tencent, et est en train de modifier en profondeur les modes opératoires des entreprises traditionnelles. Ce serait une erreur de croire que le mobile ne sera pas encore le catalyseur de nombreux bouleversements dans la décennie à venirThomas Husson

“Voila deux choses qui me viennent à l’esprit sur cette décennie :

1 – le pouvoir aux devs
J’exagère un peu le trait, mais le mobile a valorisé (à juste titre) le travail des développeurs et a permis aux très bons d’être au devant de la scène. Cela a démarré avec le web, mais les apps ont accentué la chose. Et c’est je pense une bonne chose : les “artisans” talentueux du numérique ont désormais les outils pour montrer leur oeuvres.

2 – Un marché mondial pour tous
La bipolarisation de la distribution des apps (Apple/Google) permet à quiconque d’accéder facilement à un marché mondial. Il y a certes une barrière à l’entrée en termes d’acquisition: le marché est aujourd’hui mature et très concurrentiel. Mais en 2020 tu peux (et tu dois) viser dès le départ un marché mondial: et quand tu as commencé sur le wap, l’imode et les portails “walled garden” tu mesures la révolution d’accès au marché que cela représente.
Revers de la médaille, il devient de plus en plus difficile voire improbable de concurrencer ou disrupter ce marché. Mais cela finira bien par arriver !” Gael Bonnafous

“En 2010, le smartphone moderne a trois ans, les stores sont installés, Android et iPhone en sont à leur deuxième ou troisième génération. tout est en place pour que le téléphone intelligent prenne son essor. On ne verra pas d’innovation majeure dans le secteur pendant cette décennie, mais une démonstration jamais contredite de la prise de pouvoir de ce petit écran nos usages numériques. Parce que le smartphone est désormais beaucoup plus qu’un terminal par défaut pour accéder aux réseaux lorsqu’on n’est pas derrière le clavier d’un ordinateur. L’ordinateur classique, désormais portable, reste esclave de son ergonomie héritée de la machine à écrire, celle d’un outil de travail. Une chaise, un dos droit, un clavier horizontal, un écran vertical. Le graphiste des années 2010 ressemble finalement beaucoup à la dactylo des années 1960. Aussi, lorsqu’il se lève et quitte son poste de travail, c’est vers son mobile qu’il se tourne.

Et désormais le mobile lui permet d’interagir avec le monde physique.

C’est avec son mobile qu’il trouve l’amour, qu’il règle le chauffage de son appartement, qu’il réserve une table dans un restaurant. Tous ces services sont d’abord des apps et sont conçus pour être utilisés sur un mobile, cette extension de la main qu’on caresse et sur laquelle le pouce glisse. Le Swipe est le geste des années 2010. Mais déjà cet écran prothèse se prépare peut-être à s’éclipser.

Le mobile devient alors le point de connection de tous nos autres terminaux digitaux. Montre, lunettes, tablette, device audio, toutes ces extensions de nos sens, ces artefacts cyborgs utilisent le mobile comme source de connection. Notre smartphone retrouve alors sa place dans notre poche, émettant ses sondes si nécessaires à nos vies puisque notre lien avec ce “virtuel” désormais bien réel.” Frederic Dumeny

” La première image, qui tombe dans ma tête, c’est Jet Li ! Oui, j’ai rencontré Jet Li à la conférence que j’ai organisée en 2013. Il a accepté mon invitation de faire le fireside chat avec Pony Ma, CEO de Tencent, car sa vision des œuvres caritatives était nouvelle, au lieu de faire un don d’un million par une personne riche, pourquoi ne pas faire des dons de 1 euro de la part d’un million de personnes. Le service mobile était la seule solution pour faire cela, et ça a bien marché.

La société a largement changé dans de nombreux aspects, et pas seulement dans la facilité de faire des dons. Cela fait trois ans que je n’utilise plus mon portefeuille avec de l’argent liquide en raison du paiement mobile qui est partout en Chine. Si c’est un voyage d’affaires de deux ou trois jours, je pars sans ordinateur, sans portefeuille, même sans chargeur mobile grâce au réseau de partage qui existe sur le sujet en Chine.

Au niveau de l’économie, la Chine est devenue un pays bien avancé qui a produit 200 unicorns quasiment toutes avec un service mobile. La Chine a eu une image de copier les succès des autres. Aujourd’hui, de plus en plus de modèles sont inventé par la Chine, et ils sont transférées aux autres marchés. Quand je faisais un événement pour Airbus en Chine, leur CEO nous a dits, “aujourd’hui, on considère la Chine non seulement comme un marché de vente pour nos avions, mais surtout comme un centre d’innovation”. J’ai organisé plusieurs fois par ans des voyages d’études pour des clients chinois en Europe, ou aux Etat-Unis. Aujourd’hui, c’est le contraire. Je reçois au mois vingt fois par an en Chine des délégations étrangères, des startups qui cherchent des fonds, des étudiant MBA qui viennent découvrir de nouvelles opportunités, des grosses entreprises mondiales qui cherchent des innovations chinoise à exporter, etc… Grace à cette tendance, on a même lancé un nouveau service de formation qui aide les étrangers à découvrir des innovations chinoises et les geants chinois comme Xiaomi, Tencent, Alibaba, Huawei…” Yiqun Bo

“Comme toute révolution industrielle, l’avènement du smartphone a été marqué par la profusion d’acteurs et technologies. Nous avons compté jusqu’à 7 plateformes de développement mobile en 2013.

Après 10 ans le marché s’est naturellement rationalisé autour de 2 plateformes technologiques et quelques constructeurs. Fait remarquable : la disparition totale des acteurs européens, pourtant leaders dans les années 2000, balayés par Apple, Google, Samsung et Huawei; Samsung étant l’unique rescapé des acteurs historiques grâce à son pari sur Android. C’est en quelque sorte les acteurs Internet qui ont gagné sur les acteurs Télécoms.

Ce qui était moins attendu c’est la forte concentration des usages autour de quelques star applications (Facebook, Instagram, WhatsApp, Snapshat, Youtube…) malgré la profusion (plusieurs millions) d’Apps sur les stores. Il sera intéressant de voir si les monopoles de fait qui sont en train de se former vont résister à la concurrence, à la réglementation, et surtout aux acteurs Chinois qui s’invitent dans les star applications…” Vincent Frattaroli

“En 2018, un français sur quatre étaient équipé d’un smartphone. Cela n’aura surpris personne tant le succès des devices tactiles était prévisible depuis le lancement de l’iPhone en 2007. Ce qui est en revanche beaucoup plus étonnant, c’est de voir avec quelle facilité ces terminaux ont bouleversé nos habitudes et nos rapports au quotidien.

Il faut reconnaître que le smartphone ne manque pas d’attrait sous ses faux airs de Saint Graal du multimédia. Pour mesurer tout le potentiel de la bête, en 2019 nous était rappelé que certains devices haut de gamme étaient 100 millions de fois plus puissants que l’ordinateur utilisé par la NASA pour envoyer l’équipage de la mission Apollo 11 sur la Lune. C’était il y a un demi-siècle mais si nous avons pu envoyer l’homme sur la Lune dans ces conditions alors nous pouvons faire confiance à Waze ou City Mapper pour arriver à Bercy avant le début du concert !

Le smartphone a joué un rôle de catalyseur. En ouvrant la voix a de nouveaux usages, il a favorisé l’émergence de la startup nation. En nous donnant l’accès permanent à un clavier virtuel et à une caméra embarquée, il nous a permis d’inonder les réseaux sociaux en contenus et souvent sans filtre à part peut-être ceux de Snapchat ou d’Instagram. Pour entrer dans nos poches, son format nous a même contraints à élargir ou déformer notre syntaxe #balancetonphone. Mais difficile de tenir rigueur à un compagnon qui a la réponse à (presque) toutes nos questions et qui est potentiellement capable de nous sauver la vie en nous diagnostiquant un mélanome malin ou un AVC en préparation …

Malheureusement la technologie n’est jamais sans risque. Dès 2017, une célèbre addictologue anglaise, Mandy Saligari, nous mettait en garde « Donner à votre enfant un smartphone, c’est comme lui donner un gramme de cocaïne ». Ça fait cher le gramme mais c’est désormais un fait scientifique, l’utilisation du smartphone stimule la dopamine, molécule du plaisir, qui joue un rôle essentiel dans le processus de dépendance aux drogues ! En une petite décennie, le genre humain est devenu smartphone dépendant et pour paraphraser Karl Marx (ou André Breton avant lui), le smartphone est devenu la cocaïne du peuple.

Le smartphone est un formidable outil capable de nous rendre d’innombrables services au quotidien mais il s’accompagne bel et bien d’un paradoxe : Là où le téléphone avait permis de nous rapprocher les uns des autres, le téléphone « intelligent » tend à nous isoler. Pour certains d’entre nous, c’est même un refuge. En 2018, les Français auraient passé 1h30 par jour sur Internet via leur smartphone (2h30 pour les moins de 25 ans). Cela traduirait environ 70 sessions par jour. Reste à savoir si toutes ces sessions sont réellement indispensables et dans quelle mesure elles n’affectent pas nos capacités de concentration et de réflexion, notre productivité, ou encore nos interactions sociales.” Christophe Le Courtois

“Ce qui m a frappé est avant tout la capacité qu’a eu l industrie américaine de comprendre les enjeux du smartphone et d’en tirer profit. En 2007 les US étaient “no where” et l’Europe dominait le monde des les telco. Le deuxième fait marquant, c est que le smartphone est ce qui a permis a la Chine de sortir de l’ère industrielle pour entrée dans le monde du service et de la tech. Il y a eu aussi  l’incapacité du monde politique en dehors des USA et Chine, révolution de jasmin incluses, de comprendre les changements sociétaux en cours. L’incapacité, dans le monde entier, pour les telco de tirer bénéfice de ce qui aurait du être leur révolution, un jour il faudra analyser cela… Enfin, la monté du populisme et la faiblesse des démocratie fasse au monde de la tech. C’est probablement le sujet le plus inquiétant et qu’il est encore temps de régler. Yves Maitre